Une ONG accuse l'armée malienne de commettre des exactions

Des soldats maliens sur une route entre Markala et Niono, mardi 22 janvier. 
Des soldats maliens sur une route entre Markala et Niono, mardi 22 janvier.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a réclamé l'ouverture d'une enquête indépendante. En cause : des exécutions sommaires, perpétrées sur des Touareg et des Arabes.

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a accusé l'armée du Mali d'avoir perpétré une série d'exécutions sommaires à partir du 10 janvier, dans un communiqué publié mercredi 23 janvier. L'ONG a appelé Paris et Bamako à ouvrir une commission d'enquête indépendante sur ces exactions, qui menacent notamment les villes de Sévaré, Mopti et Niono.

Ce n'est pas la première alerte lancée sur des exactions sur les territoires reconquis par l'armée régulière : plusieurs témoignages recueillis par des journalistes font état d'exécutions arbitraires et du climat de peur qui règne dans les villages concernés, avec parfois un ciblage des populations arabes ou touareg.


Selon sa présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, "ces actes de représailles alliés à la tension extrême entre les communautés constituent un cocktail explosif qui fait craindre le pire, notamment dans la perspective de la reconquête du Nord." Le président d'honneur de la FIDH, Sidiki Kaba, estime que ces exactions "doivent faire l'objet de poursuites par la justice nationale et, le cas échéant, par la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête le 16 janvier sur la situation au Mali."

"Porter le turban en ville est assimilé aux terroristes"

Depuis les revers militaires des islamistes frappés par l'aviation française à partir du 11 janvier, les Touareg et les Arabes maliens sont souvent assimilés aux "terroristes" par les populations noires et craignent en retour des représailles. Interrogé par l'AFP, le premier adjoint au maire de Segou, Madani Mniang, minimise le phénomène. "On a toujours vécu ensemble, Bambara et Touareg. Mais il est vrai que, depuis une semaine, porter le turban en ville est assimilé aux terroristes. On leur conseille de l'enlever." Des commerçants touareg assurent pourtant le contraire. L'un d'eux a expliqué à l'AFP que "si tu es enturbanné, barbu et que tu portes un boubou touareg, tu es menacé".

"Il y a des risques." Le matin même, le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, n'a pas exclu d'éventuelles exactions de l'armée malienne, dans l'émission "Politiques" de France 24-RFI-L'Express. Selon le ministre, "il faut être extrêmement vigilant  et le président de la République compte sur le sens des responsabilités des cadres de l'armée malienne pour éviter toute exaction. (...) C'est leur honneur qui est en cause."

Vous êtes à nouveau en ligne