Mali. "La seconde phase du conflit sera forcément plus complexe"

Des soldats français sur le chemin de Tombouctou (Mali), le 28 janvier 2013.
Des soldats français sur le chemin de Tombouctou (Mali), le 28 janvier 2013. (ERIC FEFERBERG / AFP)

François Heisbourg, expert dans la défense et l'armement, explique ce qui attend l'armée française, après la prise de contrôle de Kidal.

Expert dans la défense et l'armement depuis plus de trente ans et conseiller spécial du président de la Fondation pour la recherche stratégique, François Heisbourg suit attentivement  les événements maliens. Il explique à francetv info ce qui attend l'armée française après la prise de contrôle de Kidal (Mali), mercredi 30 janvier.

Francetv info : Quel bilan tirez-vous après trois semaines d'opérations militaires françaises au Mali ?

François Heisbourg : Les jihadistes avaient décidé de descendre sur Bamako un peu à la façon de la colonne Leclerc en Afrique pendant la seconde guerre mondiale. Si j'ose cette comparaison, c'est pour bien faire comprendre qu'à ce moment-là, ces islamistes ont fait le choix de livrer bataille de façon assez classique. Rien à voir avec ce qu'on appelle la guerre asymétrique, celle que le petit livre au grand, à coups, par exemple, d'attentats ou d'actions ultra-violentes. En faisant cela, les jihadistes ont commis une grave erreur, et ont sous-estimé la vitesse et surtout la puissance de la réplique armée. Au début nous étions maîtres du ciel, puis, très vite, nous avons pris le dessus au sol.

Voilà pour la première phase, dont la prise de l'aéroport de Kidal est l'un des derniers épisodes. La seconde consiste à restaurer l'intégrité territoriale du Mali. Et cela, c'est tout autre chose.

C'est une phase périlleuse selon vous ?

Elle est forcément plus complexe. Elle doit s'inscrire dans le temps, et ses volets sont multiples : politiques, sociaux, économiques. La stabilisation du Mali, c'est tout cela à la fois.

L'Etat malien doit recouvrer ses institutions, rétablir le dialogue avec les différentes ethnies, à commencer par les Touareg. Cela suppose l'aide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et aussi de l'Europe. Dans cette seconde phase, la France ne devrait être ni en première ligne, ni en deuxième. Il ne s'agit pas de re-coloniser le Mali. Ce n'est ni l'Afghanistan, ni l'Irak.

Mais que devient la lutte contre les jihadistes ?

D'abord, je refuse de parler de guerre contre le terrorisme, sinon tout devient guerre, contre la pauvreté, le chômage... Lutter contre cette violence, pour moi, c'est comme se battre contre la criminalité. Au moins, à présent, il est clair que nous n'aurons pas affaire à un "Sahelistan" d'où seraient parties des opérations terroristes en Afrique, voire en France. Ce que nous avons en face de nous, c'est une imbrication entre jihadisme et narcotrafic. Et contre cet adversaire, il faut la mobilisation des pays africains, le soutien américain...

Ce qui est notable en l'occurrence, c'est le changement d'attitude de l'Algérie. Après l'ouverture de son espace aérien et l'opération sanglante d'In Amenas qui a suivi, l'Algérie ne peut plus fermer les yeux. Une partie des jihadistes maliens qui ont pris la fuite vont se retrouver coincés à la frontière algérienne. Il faudra alors que les autorités interviennent. Mais bien sûr, nul n'est à l'abri d'un coup d'éclat jihadiste ni en Afrique, ni ailleurs. Il faudra y faire face, aujourd'hui comme il y a dix ans. Je vous le disais, selon moi, il n'y a pas de "guerre" contre le terrorisme, il n'y a donc pas davantage d'amnistie ou de traité de paix en la matière !

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