Mali : l'ONU accepte du bout des lèvres le déploiement de troupes

Les membres du Conseil de sécurité de l\'ONU, à New York, le 26 septembre 2012.
Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU, à New York, le 26 septembre 2012. (KEITH BEDFORD / REUTERS)

Le Conseil de sécurité a adopté, jeudi, une résolution autorisant l'envoi d'une force africaine au Mali. Mais aucune date précise n'est fixée et la négociation politique reste privilégiée.

Pas de calendrier, de nombreuses conditions avant de se lancer dans une offensive : l'autorisation de l'ONU de déployer une force africaine au Mali "est une résolution, disons, prudente", euphémise le politologue Michel Galy. Un mois après le délai (le 26 novembre) accordé aux pays africains pour proposer un plan d'intervention militaire dans le nord du Mali, la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée jeudi 20 décembre, s'apparente à consentement du bout des lèvres.

L'Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) réclamaient avec insistance l'envoi de cette force de 3 300 soldats. Ils ont finalement obtenu l'accord de l'ONU, sans toutefois obtenir un blanc-seing.

De nombreuses conditions préalables

L'ONU a édicté une succession de conditions avant une possible offensive. D'abord, sans donner de calendrier avant l'intervention, elle n'accorde qu'un mandat d'un an à la force africaine, la Misma (Mission internationale de soutien au Mali). Elle réclame aussi le retour de l'ordre constitutionnel dans le pays, ainsi que des élections présidentielles et législatives "d'ici avril 2013". Et elle demande que Bamako entame des négociations dans un "cadre crédible" avec les groupes rebelles qui auront rompu tout contact avec les groupes terroristes tels que Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Enfin, la Misma aura pour mission, dans un premier temps, de rebâtir l'armée malienne. Si le Conseil de sécurité de l'ONU est "satisfait" de la préparation des troupes, et en cas d'échec des négociations avec certains groupes rebelles du nord du Mali, il autorisera une offensive. Moralité : une hypothétique intervention ne peut intervenir avant septembre 2013 et la négociation politique demeure privilégiée.

Le plan franco-africain : "c'est de la m..."

Pour le directeur Afrique de l'Ouest du think tank International crisis group (ICG), Gilles Yabi, cette prudence de l'ONU n'est pas une surprise. "Depuis un certain temps, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, mettait l'accent sur le processus politique. Il avait émis des réserves sur une action militaire, estimant qu'il restait des éléments à clarifier", rappelle-t-il. Depuis Niamey au Niger, l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Romano Prodi, a déclaré jeudi à RFI que "la négociation ne sera crédible que s'il y a la force". En clair : la présence d'une force au Mali est une menace qui doit conduire les rebelles à négocier.

Dans un langage bien peu diplomatique, l'ambassadrice américaine aux Nations unies, Susan Rice, aurait, elle, carrément tonné que le plan d'intervention africain impulsé par la France, "c'est de la merde", selon une fuite sur un blog de Foreign Policy"Pour Susan Rice, le plan n'est pas au point car il n'y a pas de force militaire occidentale pour l'encadrer, et les contingents de la Cédéao ne sont pas adaptés à ce genre de guerre du désert, d'où l'appel aux troupes tchadiennes" possédant l'expérience de ce milieu extrême, explique Michel Galy, qui enseigne la géopolitique à l'Institut des relations internationales (Ileri), à Paris.

L'ONG Human rights watch a d'ailleurs pointé, jeudi, les risques accrus de représailles dans le nord du pays en cas de déploiement de la force internationale. Citant un "aîné" de l'ethnie songhaï, l'ONG avance l'existence de listes préparées par des milices. Selon cet homme, "les milices comme les résidents locaux ont fait des listes de ceux qui devront payer [une fois que le gouvernement et la force internationale auront repris le contrôle]... Qu’il s’agisse de rebelles, d’islamistes, de trafiquants de drogue ou de ceux qui ont profité personnellement de la souffrance des résidents, ils sont dessus".

Une instabilité chronique à Bamako

Autre sujet d'agacement américain, l'instabilité régnant à Bamako, la capitale. Le capitaine Amadou Haya Sanogo, putschiste à l'origine de la grave crise politique à Bamako, a poussé à la démission,, le 11 décembre 2012, le Premier ministre, Cheikh Modibo Diarra, jugé proche de Washington. Dans la foulée de l'adoption de la résolution de l'ONU, Barack Obama a d'ailleurs annoncé que les Etats-Unis retiraient au Mali son statut de partenaire commercial privilégié. Une manière de s'en prendre au portefeuille. 

 La France tempère ses ardeurs

Par ailleurs, "la position de la France a évolué sensiblement dans les derniers mois", remarque Gilles Yabi. Hier prompte à prôner une intervention militaire, elle se fait de plus en plus discrète tandis que la liste de ses otages s'allonge. Très attendu sur ce dossier, le président François Hollande a voulu gommer toute divergence avec Alger. Il s'est contenté de se dire "en convergence" avec son homologue Abdelaziz Bouteflika, lors de son déplacement en Algérie, mercredi. Dans une réponse très tempérée, il a soutenu : "Lui et moi, nous pensons qu'il convient de faire du dialogue politique, de faire tout pour qu'une négociation puisse permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale."

L'Algérie, puissance régionale qui partage 1 400 km de frontières avec le Mali, reste réticente à une intervention qui pourrait repousser les terroristes d'Aqmi en territoire algérien. D'autant que pour des "raisons historiques", Alger ne verrait pas d'un bon œil "une intervention militaire soutenue par la France à ses frontières", souligne Michel Galy. 

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