Les multiples défis du Mali

Le vice-président du MNLA, Mahmadou Djeri Maya, lors de la réunion avec les négociateurs maliens à Ouagadougou, le 18 juin 2013. 
Le vice-président du MNLA, Mahmadou Djeri Maya, lors de la réunion avec les négociateurs maliens à Ouagadougou, le 18 juin 2013.  (AFP/AHMED OUOBA)

Le récent accord entre les touaregs et les autorités maliennes au sujet du nord-Mali permet la tenue de l'élection présidentielle en juillet 2013. Le président qui sortira des urnes trouvera devant lui de vastes chantiers ─ sécurité, économie, entente politique ─ qu'il conviendra de faire avancer pour que le Mali retrouve stabilité et foi en un avenir meilleur.

C’est à Ouagadougou, sous les auspices du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, que les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) sont arrivés à un accord avec le pouvoir malien, le 25 juin. Une entente prévoyant le retour de l’armée malienne à Kidal (nord) et le regroupement des combattants touaregs à des endroits bien définis. Le désarmement des unités originaires de la région ne pourra intervenir, qu’après un accord global et définitif.
 
Les différentes instances internationales, Union Européenne et Nations-Unies, ont salué une «avancée significative dans le processus de stabilisation», avant un dialogue impliquant le gouvernement, les groupes armés, mais aussi tous les Maliens.

Un melting-pot de peuples
L’administration de ces régions du nord-Mali (peuplées en majorité par des touaregs) par Bamako est une gageure qui va demander patience et subtilités dialectiques. Dans ce débat, le journaliste malien Bakary Traoré indique que «dans une famille malienne, vous avez souvent un père songhoï, une mère touaregue, ou inversement». Pour lui, la mixité du pays est une richesse culturelle, et la position du MNLA qui s’érige comme l’organisation représentative de toutes les populations du nord Mali est une imposture.

La course aux électeurs
La tâche du prochain président sera de rétablir un dialogue politique approfondi. Pour l’heure, les Maliens sont extrêmement mécontent des divers gouvernements qui se sont succédés, jusqu’au coup d’état du 22 mars 2012 qui a renversé le président d’Amadou Toumani Traoré. Outre la corruption, l’absence de débat politique et la marginalisation de l’opposition, le «problème majeur du nord Mali est la situation alimentaire catastrophique aggravée par l’accaparement des terres par les entreprises», selon Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP).  L’Etat affirme, quant à lui, que la terre lui appartient et qu’il en dispose comme bon lui semble.  


Insatisfaits des hommes politiques, les Maliens mettent peu d’empressent à se déplacer pour se rendre aux urnes. Ainsi, en 2002, le taux de participation au premier tour de la présidentielle s’est élevé à 36,8%. Pour inciter, cette fois, les électeurs à se mobiliser, Bissiri Coulibaly, fondateur de l'Association pour le relèvement du taux de participation aux élections, parcourt les rues de Bamako.  
 
Espoir de redémarrage de l'économie 
Face aux déboires du Mali, la communauté internationale a réuni une conférence des donateurs le 15 mai 2013 à Bruxelles afin de relancer l’économie et développer le pays. Elle a abouti à une promesse d’aide de 3,5 milliards de fonds. L’ONU s’alarme de la situation humanitaire du nord-Mali et réclame un déblocage rapide de 227 millions pour le financement de plusieurs opérations.

Pourtant, ce pays du Sahel n‘était pas dans une situation préoccupante avant de subir la loi des islamistes, puis la reconquête. Basée sur l’or, le coton et le riz, l’économie malienne n’a reculé que de 1,5% en 2012. Pour les experts, elle pourrait rapidement retrouver une croissance de 4% à 5% par an. Les difficultés viennent notamment de l’explosion démographique qui, chaque année, projette 300.000 jeunes sur le marché du travail.
 
Arrivée des soldats onusiens
Les avancées démocratiques du Mali ne pourront s’accomplir que dans un climat définitivement pacifié. A cet égard, l’annonce par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 25 juin, du feu vert pour le déploiement de casques bleus est une bonne nouvelle. A terme, les 12.600 casques bleus (Minusma) prendront la relève de la force panafricaine (Misma) et des soldats français déployés dans le pays. La tâche de cette nouvelle force, qui va absorber les 6.148 soldats venus d’Afrique de l’Ouest et du Tchad, est une série de «défis nouveaux et uniques», selon Hervé Ladsous, le patron des opérations de la paix de l’ONU.
 
Le retrait des soldats français aura lieu, lui, en fonction de la situation du pays, où le terrorisme ne doit pas revenir, a indiqué le president français François Hollande. Leur nombre, 4.000 au début de l’opération Serval, doit être réduit d’ici la fin de l’été 2013.

Rétablir les droits de l'Homme
Une autre des priorités est de faire cesser les vengeances des civils revenus à Gao à l’encontre de personnes accusées de collaboration avec les djihadistes. Et aussi les exactions commises par certains soldats, manquant de formation professionnelle, qui ont la haine des Maliens restés au nord du pays. De son côté, Bamako a dénoncé «une épuration raciale» par les Touaregs à Kidal.
Vous êtes à nouveau en ligne