"Le Mali me rappelle l'Algérie des années 1990"

Des combattants islamistes du Mouvement pour l\'unicité et le jihad en Afrique de l\'Ouest tiennent une position près de l\'aéroport de Gao, au Mali, le 7 août 2012.
Des combattants islamistes du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest tiennent une position près de l'aéroport de Gao, au Mali, le 7 août 2012. (ROMARIC OLLO HIEN / AFP)

Salah Agrabi est reporter à France 3 et a couvert plusieurs conflits. Il se trouve actuellement au Mali et livre à francetv info son expérience sur le terrain.

Salah Agrabi est reporter à France 3. Il se trouve actuellement au Mali pour couvrir le conflit auquel la France participe. Il fait part de son expérience malienne, lui a qui a travaillé sur d'autres terrains d'affrontements, en Irak, à Gaza, en Israël, en Syrie.

Francetv info : Peut-on comparer la guerre au Mali avec les autres conflits que vous avez couverts ?

Salah Agrabi : Cela me rappelle surtout l'Algérie dans les années 1990. Les islamistes se déplacent par petits groupes et leur fonctionnement est souple. Ils peuvent se contacter très vite, se rassembler et semer la terreur. Mais les islamistes au Mali sont mieux équipés que leurs homologues algériens il y a quinze ans. Certains détiennent des armes en provenance de Libye. Ils sont capables de détruire des hélicoptères ou des avions comme on l'a vu en début de conflit.

Quel est l'état d'esprit des islamistes ?

Ils n'ont peur de rien et sont convaincus que leur cause est juste. Pour se fondre dans le paysage et frapper leurs cibles à leur guise, ils abandonnent parfois les tenues classiques de combattants, circulent en voitures banalisées, voire en mobylettes. Ils se fondent dans la population, montent des faux barrages, harcèlent les habitants. Ces rebelles savent que le pouvoir central ne peut pas les contrôler car ils connaissent parfaitement chaque recoin du désert : depuis dix ans, ils franchissent les frontières entre l'Algérie, la Libye, le Mali sans problèmes. 

Comment la population malienne accueille-t-elle les journalistes ?

Nous avons un très bon contact car nombreux sont les habitants qui parlent français. On nous prend même pour des bienfaiteurs ! Les Maliens n'avaient plus confiance en leur armée mais désormais l'armée, pour eux, c'est la France qui les libère. Notre principal problème, c'est que nous ne pouvons pas relater le vécu des Maliens proches des zones de combats puisqu'on nous interdit d'y aller.

Prenez-vous des précautions particulières pour votre sécurité ?

Comme il ne s'agit pas d'un conflit traditionnel entre deux ennemis fixes, nous sommes très discrets. Nous circulons dans un 4X4 banalisé avec nos équipements de protection, casque et gilet pare-balles, sans badge presse. Nous avons aussi des visas et des autorisations du gouvernement malien, obtenus via le ministère de la Communication.

Notre envie, c'est d'être au plus près du terrain, pour témoigner du conflit et de la vie des populations civiles. Mais nous sommes prudents car l'ennemi peut être partout. Nous voulons éviter une bombe ou un enlèvement. On sait que pour les islamistes, nous sommes des mécréants à valeur ajoutée. 

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