Le Mali et l'Azawad cherchent un compromis au Burkina faso

Des partisans du MNLA manifestent à Kidal en faveur du mouvement, en juillet 2013.
Des partisans du MNLA manifestent à Kidal en faveur du mouvement, en juillet 2013. (FP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD)

Deux ans et demi après la fulgurante avancée des djihadistes dans le nord du Mali en janvier 2012, le pays cherche encore la stabilité politique. Pour y parvenir, il est indispensable d'aborder les revendications territoriales et politiques des mouvements touaregs de l’Azawad (nord), dont certains avaient rejoint les combattants islamistes.

Il a fallu imposer un ultimatum aux groupes armés de l'Azawad (mot désignant le pays touareg dans le nord du Mali) pour que les discussions puissent avoir lieu et être efficaces. Dans un document daté du 10 juin 2014, les secrétaires généraux des trois mouvements touaregs appelaient «toutes les personnes et tous les groupes armés hors processus» à choisir le ralliement à l’un des trois groupes officiels : le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) ou le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA).
 
En plein processus de reconstruction politique, le Mali cherche à mettre un terme à la circulation des armes et aux violences. La déclaration des secrétaires généraux évoque «une circulation anarchique des armes et une multiplication des groupes armés (…). Issus de l’Azawad et de l’extérieur, (ils) sont hors processus (et) constituent un facteur d’insécurité dans l’Azawad et pour ses populations».
 
Pour autant, il ne faut pas voir dans cette déclaration l’abandon de la revendication territoriale des Azawadiens. L’heure est actuellement au compromis et tout doit être fait pour rendre possible la réunion qui doit se tenir le 1er septembre, à Alger, entre les autorités de Bamako et les chefs des mouvements de l’Azawad.
 
Depuis le mois de juin, les signes de dialogue et de rapprochement se sont multipliés entre les trois mouvements et le gouvernement malien. L’ouverture des discussions le 25 août a, elle-même, été précédée de la signature d’une «déclaration d’Alger» par laquelle les trois secrétaires généraux se sont engagés à «œuvrer (…) à la consolidation du cessez-le-feu du 23 mai 2014 (…) ainsi qu' à mener une négociation sincère et crédible sous l’égide d’une médiation externe (l’Algérie ndlr)».
 
Aspirations légitimes
Le texte contient également les bases sur lesquelles doit être fondée la «gouvernance nouvelle» du Mali. En janvier 2012, lorsque les djihadistes avaient pris plusieurs villes du nord du pays, les analystes avaient avancé que les Touaregs s’étaient ralliés à leur cause, lassés que Bamako ne tienne pas compte de leurs revendications territoriales.
 
Les habitants du nord du pays se plaignent d’être défavorisés par rapport au sud. «Différence de race, de culture et de mode de vie (…), quand les Maliens du Sud parlent du Nord, on a souvent l’impression qu’ils parlent d’un autre pays», écrit Shindouk Oulad Najim en 2013 dans son livre Je reviendrai à Tombouctou. Par ailleurs, le changement du mode de vie des habitants de la région a remis en questions leurs habitudes commerciales. Enfin, la désertification de la région a créé des conflits entre nomades touaregs et fermiers à cause de la diminution des espaces de pâturage. 
 
Pour rétablir un équilibre ethnique et politique, la déclaration d’Alger prévoit que la «nouvelle gouvernance» de Bamako «reflète en droit et dans les faits la diversité géographique, économique, sociale et culturelle du Mali et la spécificité de l’Azawad». Mais, elle doit aussi «répondre d’avantage aux aspirations légitimes des populations de l’Azawad».
 
Dans un souci de stabilité de la région, les trois secrétaires généraux ne réclament pas l’indépendance de la zone. Proclamée une première fois le 6 avril 2012, elle avait été rejetée par les pays voisins. Les frontières héritées de la colonisation seront donc conservées dans leur état actuel.
 
Seuls interlocuteurs légitimes de Bamako, les mouvements officiels de l’Azawad espèrent obtenir une identité politique claire et faire évoluer leurs droits. Pour Bamako, ces négociations sont l’assurance que la zone ne pourra plus servir de vivier aux groupes djihadistes.
 
Pour les mouvements de l'Azawad, l’ultimatum posé par les secrétaires généraux doit permettre d’intégrer les Touaregs à leurs effectifs et ainsi éviter une résurgence islamiste. 
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