L’Afrique de l’Ouest produit peu de lait mais ne manque pas de produits laitiers

Un éleveur fulani au Nigeria trait son troupeau.
Un éleveur fulani au Nigeria trait son troupeau. (LUIS TATO / AFP)

Faute d’une production locale suffisante, les compagnies laitières importent du lait en poudre parfois reconstitué.

Le lait en Afrique, c’est l’histoire de l'échec d'une filière installée avant 1990 pour répondre à une demande issue de la colonisation. Les expatriés voulaient consommer des produits laitiers "comme à la maison". Ce modèle, construit autour de laiteries d’Etat disparaît au profit d'un secteur privé qui préfère importer de la poudre de lait que de développer la collecte et la distribution. Les défenseurs du "fait local" se tournent alors vers l’artisanal, "parangon du développement", comme l’explique Christian Corniaux dans son étude sur l’industrie laitière en Afrique de l’Ouest.

Les mini laiteries se multiplient autour des zones urbaines. Les volumes traités sont faibles, entre 25 et 500 litres par jour, car ces laiteries collectent ce qu’on appelle "le lait de brousse", à savoir issu de l’élevage pastoral. Sénégal et Burkina Faso, puis Mali et Niger sont les pays les plus concernés. Mais quand une mini laiterie au Sahel transforme 500 litres de lait par jour, un éleveur européen produit entre 1000 et 2000 litres durant la même période. Les volumes locaux trop faibles cèdent la place au lait en poudre importé. Le lait en poudre permet de construire sur place toute la filière industrielle : lait et produits laitiers. Danone, Yoplait, Candia, Lactalis, Nestlé, tous les grands noms du secteur sont présents.

Une consommation faible

Niger, Mali, Sénégal sont des pays traditionnellement consommateurs de lait. Cela est lié à une tradition pastorale, qui perdure même lors de la sédentarisation en zone urbaine. On boit du lait de vache, de chèvre ou de chamelle, entre 40 et 70 litres par an et par personne, largement produit localement. Mais ce lait, à l’exception des pays enclavés, n’est pas local. Le Sénégal, tout comme les pays du golfe de Guinée, sont surtout des importateurs massifs de lait en poudre.

Collecte de lait au Sénégal par la Laiterie du Berger.
Collecte de lait au Sénégal par la Laiterie du Berger. (GODONG)

Selon le site internet Boisson sans alcool, la production de lait en Afrique est estimée à 43 millions de tonnes pour 148 millions de tonnes dans l’Union européenne, à la première place mondiale. Quant à la consommation, elle tourne autour de 17 milliards de litres et la demande ne cesse de progresser (+22% en six ans). Malgré tout, le continent africain consomme peu de lait. 17,5 kg par an et par habitant, soit 20 fois moins qu’un Européen.

Lait reconstitué

Des ONG dénoncent un business juteux des multinationales qui exportent vers l’Afrique sous forme de poudre un lait reconstitué. La matière grasse a été retirée afin de répondre à la forte demande de beurre en Europe. En lieu et place, on incorpore de l’huile de palme, une graisse végétale. Une pratique dénoncée par les éleveurs, y compris européens, qui parlent de dumping. Selon les ONG, le prix de ce lait serait moitié moins cher que le lait local. 800 contre 1500 francs CFA, soit 1,22 contre 2,29 euros le litre.

Le pastoralisme n’aide pas non plus à la consommation d’un lait local. Faibles rendements, collectes compliquées, sécurité sanitaire font bondir les prix. Pourtant, l'European milk board (EMB), association de 100 000 producteurs européens soutient le projet d’une marque de lait équitable au Burkina. L’EMB finance quatre laiteries au Burkina. De l’avis de son président, Erwin Schöpges, le pastoralisme est viable. "C'est clair qu'il faudra sans doute améliorer leur système et développer des possibilités de développer des petits troupeaux bien nourris, bien élevés. Mais je pense que le pastoralisme est très important dans ces régions."

Une petite fille de la communeauté Falata garde son troupeau. A la saison sèche, les nomades remontent leurs troupeaux du Soudan vers le Soudan du Sud ou l\'Ethiopie, à la recherche de l\'eau.
Une petite fille de la communeauté Falata garde son troupeau. A la saison sèche, les nomades remontent leurs troupeaux du Soudan vers le Soudan du Sud ou l'Ethiopie, à la recherche de l'eau. (SIMON MAINA / AFP)


A l’heure actuelle, une mini laiterie comme celle de Fatimata Diallo au Burkina travaille avec 13 producteurs, installés parfois en brousse. La collecte rapporte entre 20 et 100 litres de lait par jour, explique l’AFP. Alors qu’une seule holstein en France produit 22 litres à elle seule.

Et comme si les problèmes de rendement ne suffisaient pas, désormais la violence s’est installée au Sahel. Face aux attaques jihadistes, le nomadisme devient particulièrement risqué.

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