La radio de Gao, fer de lance de la résistance

Le directeur de la radio communautaire AADAR-Koïma, Souleima Maiga, à Gao le 28 février 2013 (AFP - Joël Saget)
Le directeur de la radio communautaire AADAR-Koïma, Souleima Maiga, à Gao le 28 février 2013 (AFP - Joël Saget) (AFP)

Gao, principale ville du Nord du Mali, est aussi celle qui a le plus résisté à la loi imposée par les rebelles touaregs puis les islamistes armés. Principal outil de résistance durant 10 mois, la radio a été portée par une poignée d'animateurs, de techniciens et le directeur.

Les ennuis ont commencé dès la fin mars 2012 pour la radio communautaire AADAR-Koïma, quand les rebelles touaregs ont envahi la ville. Malick Aliou Maïga raconte les menaces reçues pour avoir dénoncé leurs pillages et leurs viols. «Je me suis alors rapproché de mon directeur. Je lui ai dit : "Directeur, le temps est grave, c'est le moment ou jamais. Si on laisse cette population sans communication, sans radio, ils vont mourir enterrés." J'ai dit: "Il faut qu'on trouve un moyen de parler aux gens. Il faut que les gens sentent qu'on les écoutent et qu'ils nous écoutent." Le directeur m'a dit : "C'est risqué mais vas-y."»

Fin juin, sous la domination du MUJAO (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), «On a dû cesser la musique et diffuser des messages appelant à adhérer aux mouvements religieux», raconte Souleima Maïga, directeur des programmes. «On s'est rendu compte que les grands chefs ne parlaient pas songhaï (langue locale, NDLR). On lançait des petits messages, on répétait que le Mali est indivisible, que cette situation était passagère, on appelait les populations au calme, à ne pas s'enrôler. Plusieurs fois, les djihadistes m'ont proposé un salaire. J'ai dit non. Alors, ils m'ont menacé par texto.»

Le 6 août, les djihadistes se rendent à la radio avec un avis à la population appelant à un rassemblement le lendemain sur la «place de le Charia» pour assister aux premières cinq amputations de jeunes, prétendument des voleurs. «Ce jour-là, on a lu l'avis, mais on a appelé les gens à venir très tôt occuper la place de l'Indépendance (ainsi nommée avant que les islamistes ne la rebaptisent, NDLR) pour qu'ils n'appliquent pas la charia

«Le MUJAO est venu à la radio, j'ai reçu des coups de fouet, Malik, l'animateur a été tabassé dans le studio. Ils l'ont ensuite emmené dans un terrain vague et l'ont bastonné

Ce soir-là, la population, en guise de protestation contre ces agressions, descend dans les rues. Le lendemain, les habitants de Gao répondent à l'appel de la radio. Ils se rassemblent en masse, à l'aube, sur la place de l'Indépendance et devant le commissariat islamique. Ce rassemblement courageux empêche les amputations.

Le 7 Août, la radio est fermée. Mais cette situation n'empêche pas la résistance de se poursuivre. «On a travaillé pour les radios étrangères. Notre animateur Oumar Yacouba filmait en caméra caché et envoyait les images aux médias étrangers et à Bamako. On voulait que le monde sache!» Les animateurs décident alors de sensibiliser et d'organiser les jeunes de Gao afin de faire des brigades de vigilance et de manifester leur opposition aux islamistes dans les rues de la ville.

Depuis la libération, «notre combat se poursuit», assure Soumaïla. La radio diffuse régulièrement des messages contres les amalgames, les règlements de comptes et appelle la population à dénoncer les terroristes et leurs complices. «On a lancé un avis pour tenter de retrouver la chaise et le fouet qu'utilisait le MUJAO pour les séances de flagellation. C'est symbolique, mais on doit les garder pour l'avenir, pour que nos enfants sachent.» Tel est le souhait du directeur de cette «radio Londres» du Mali.
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