Des soldats maliens torturent Arabes et Touareg

Un soldat malien au combat face à des jihadistes, à Gao, dans le Nord du Mali, le 10 février 2013.
Un soldat malien au combat face à des jihadistes, à Gao, dans le Nord du Mali, le 10 février 2013. (JEROME DELAY / AP / SIPA)

Les militaires s'en prennent à ceux qu'ils soupçonnent d'avoir soutenu les groupes islamistes armés. 

Dans le Nord du Mali, l'armée malienne peut être aussi violente que les groupes islamistes armés. Les soldats maliens ont régulièrement recours à la torture contre ceux qu'ils accusent d'avoir soutenu les groupes islamistes armés, au temps de leur domination, ont constaté des médecins et militaires maliens, des soldats français et un journaliste de l'AFP.

L'ampleur du phénomène reste difficilement quantifiable. Le colonel Saliou Maïga, qui dirige la gendarmerie de Gao, à 1 200 km au nord-est de Bamako, a recensé plusieurs cas de torture : "les soldats, s'ils ne sont pas contrôlés par leurs chefs, peuvent faire n'importe quoi". Certains de ces militaires, souvent mal encadrés, sont portés sur l'alcool, voire la drogue.

Les "peaux blanches" visées

Plusieurs ont ainsi tiré sur des personnes désarmées en marge d'affrontements avec un petit groupe de jihadistes, le 10 février dans le centre de Gao, a constaté un journaliste de l'AFP. Des militaires maliens et français estiment que les victimes civiles ce jour-là (au moins trois morts et 15 blessés) étaient "essentiellement" du fait à l'armée malienne.

Les accusations d'exactions contre cette dernière se multiplient depuis le début de l'opération française Serval le 11 janvier, dans la presse, de la part d'ONG (Human Rights Watch, Amnesty International, Fédération internationale des droits de l'Homme) et des communautés arabes et touareg. Ces deux ethnies sont surnommées "peaux blanches" par la population noire majoritaire, qui les accuse souvent d'être "tous des terroristes" et mène aussi, par endroits, des représailles ethniques.

Acide dans les narines et violences sexuelles

Un journaliste de l'AFP a pu voir quatre "peaux blanches", à Gao et Tombouctou, à 900 km au nord-est de Bamako, portant des traces de torture : brûlures de cigarettes, à l'électricité, à l'acide, os brisés, marques de coups et de strangulation, balles dans le corps, violences sexuelles. Dans l'une des villes, un homme affirme qu'après l'avoir tabassé et brûlé à la cigarette, des soldats maliens lui ont versé de l'acide dans les narines. Ailleurs, une "peau blanche" gît sur son lit, des os brisés, plusieurs balles dans le corps. Là encore, l'armée a sévi, dit le jeune blessé à l'AFP. Son médecin précise qu'il a été violé.

Près de Tombouctou, des journalistes de l'agence américaine Associated Press (AP) ont découvert deux Arabes enterrés dans le sable. L'un d'eux avait été arrêté par les forces maliennes deux semaines auparavant. Plus de nouvelles ensuite, jusqu'à la découverte du corps. Depuis, des soldats maliens sont venus plusieurs fois voir les journalistes d'AP, selon une source militaire française et un journaliste sur place. Pas de menaces physiques, selon ces sources, mais une insistante pression psychologique. L'agence n'a pas souhaité s'exprimer.

Le silence de l'armée française

A Gao et Tombouctou, des soldats français ayant vu agir leurs homologues maliens confient leur écoeurement. "Ils traitent leurs prisonniers comme des chiens", dit l'un. Un autre explique : "la hiérarchie (de l'armée française) a semblé inquiète, mais ensuite ça se joue à Paris". Le porte-parole de l'opération Serval à Bamako, le lieutenant-colonel Emmanuel Dosseur, n'a pas souhaité faire de commentaire sur le sujet.

Vous êtes à nouveau en ligne