Qui étaient les deux envoyés spéciaux de RFI assassinés au Mali ?

Claude Verlon, à gauche, et Ghislaine Dupont le 13 juillet 2013 à Bamako.
Claude Verlon, à gauche, et Ghislaine Dupont le 13 juillet 2013 à Bamako. (RFI / AFP)

Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient deux professionnels aguerris.

"Je suis vraiment triste (...). Ce n'étaient pas du tout des têtes brûlées". Sur BFMTV, le correspondant de RFI au Mali, Serge Daniel, a loué les grandes qualités professionnelles de ses deux collègues assassinés samedi 2 novembre. "Ghislaine Dupont avait l'un des carnets d'adresse les plus impressionnants des journalistes qui travaillent sur l'Afrique", a-t-il expliqué. Pour préparer une émission spéciale, ils étaient passés le voir à Bamako, avant de retourner à Kidal (nord) où ils s'étaient déjà rendus ensemble en juillet. Qui sont-ils ?

Ghislaine Dupont, enquêtrice et spécialiste de la République démocratique du Congo

Baroudeuse dans l'âme, enquêtrice opiniâtre, Ghislaine Dupont, 57 ans, était une journaliste chevronnée et une spécialiste de l'Afrique depuis plus de 25 ans. C'était une "journaliste passionnée par son métier et par le continent africain qu'elle couvrait depuis son entrée à RFI en 1986", écrit dans un communiqué la direction de Radio France International.

Avant de travailler pour RFI, elle était passée par Ouest-France et Témoignage Chrétien. Elle a ensuite participée au mouvement des radios libres avant d'entrer à Radio France Belfort, puis RFI où on la surnommait "Gigi". Elle s'est rendue dans les "maquis de l'Unita, en Angola", en Sierra Leone, au Rwanda où "elle est menacée de mort par un policier en civil dans sa chambre d'hôtel", mais aussi Djibouti, le Burundi ou encore l'Ethiopie en guerre avec l'Erythrée, rapporte RFI.

Mais le pays qu'elle connaissait le mieux était certainement la République démocratique du Congo où elle a passé 10 ans avant de se faire expulser en 2006.  "Avec les compliments de la police congolaise", lui a dit, tout sourire, le responsable des Renseignements lui remettant son billet d'avion et lui signifiant qu'elle ne couvrirait pas les scrutins de 2006, premières élections libres organisées en plus de 40 ans dans l'ex-Zaïre.

"C’était une journaliste têtue, acharnée, qui ne lâchait jamais", se souvient Sophia Bouderbala, ancienne responsable du bureau de l'AFP à Kinshasa de 2004 à 2008, sur le site de RFI. Le Monde évoque "une jeune fille de 57 ans au caractère bien trempé. Ghislaine Dupont était une journaliste passionnée, sans concession, têtue, capable de sacrifier une bonne partie de ses soirées pour offrir aux auditeurs des informations qu'ils ne trouvaient nulle part ailleurs".

Claude Verlon, technicien "hors pair" et toujours partant

Claude Verlon, 55 ans, était un technicien expérimenté. Employé par RFI depuis 1982, c'était "un homme de terrain chevronné, habitué des terrains difficiles dans le monde entier", indique la direction de la radio dans un communiqué.

Pour le journaliste de RFI Nicolas Champeaux, parti en mission avec lui en Libye, en Ethiopie, "Claude Verlon n'était pas une tête brulée, ce qui l'intéressait c'était le défi, plus c'était compliqué techniquement, plus ça l'excitait". Sur le site de RFI, il se souvient "quand un direct avait marché, il jubilait, faisait des bonds, nous tapait dans la main, et disait 'ouatcha RFI RFI'. Il adorait notre radio, il était fan du terrain, il avait toujours le teint hâlé, car il rentrait toujours de mission".

Laurent Chaffard, autre journaliste à RFI, décrit "un vrai reporter qui aimait les défis, toujours volontaire pour partir dans les coins les plus chauds, Afghanistan, Libye, Irak et l'Afrique qu'il aimait passionnément". "Il vérifiait tout, faisait de multiples essais la veille d'une émission", car il avait la hantise d'une coupure à l'antenne lors d'un direct à cause d'une faute technique.

Le Monde parle d'un "technicien hors pair", "capable de monter un studio en une demi-heure, d'assurer une liaison satellite dans les conditions les plus improbables, ce petit bonhomme vibrionnant de 55 ans n'avait souvent qu'une phrase à la bouche lorsqu'on le croisait dans les couloirs de RFI : 'Alors, on part quand ?'".

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