Journalistes tués au Mali : trois ravisseurs présumés identifiés, l'hypothèse d'une panne avancée

Au siège de RFI, le 5 novembre 2013.
Au siège de RFI, le 5 novembre 2013. (BERTRAND GUAY / AFP)

Selon "Le Monde", trois des quatre personnes ayant participé à l'enlèvement des deux envoyés spéciaux de RFI sont connues du renseignement français. "Libération" avance de son côté que les journalistes ont été exécutés car le pick-up des ravisseurs est tombé en panne. 

Trois jours après l'enlèvement et l'assassinat des deux journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, à Kidal (Mali), l'enquête sur l'identité de leurs ravisseurs progresse. Au moins 35 personnes ont été arrêtées ces dernières 48 heures, selon des sources sécuritaire et administrative maliennes.

Trois des quatre personnes qui ont participé au rapt ont été identifiées, affirme Le Monde, mardi 5 novembre. Elles ne figurent pas parmi celles arrêtées depuis dimanche, selon le quotidien. Libération avance de son côté que les journalistes auraient été exécutés car le pick-up des ravisseurs est tombé en panne. Francetv info revient sur ces informations.

Qui sont les trois ravisseurs identifiés ?

Ces trois personnes sont connues des services de renseignement français en opération dans le nord du Mali, selon Le Monde. Ils ont interrogé ces trois individus "à partir du mois de mai, et à plusieurs reprises", puis les ont relâchés. Ils sont restés à Kidal. "Ils s'étaient présentés d'eux-mêmes aux forces armées françaises après avoir fui les zones de combats", précise Le Monde.

Les trois ravisseurs présumés font partie des nombreux rebelles touareg ayant fait route commune avec les troupes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). "Selon certains éléments de l'enquête, les trois ravisseurs identifiés auraient combattu au sein de la katiba [brigade] d'Abdelkrim Al-Targui, l'un des chefs d'Aqmi", poursuit Le Monde. 

Libération va plus loin en affirmant que, d'après une source proche du dossier, l'un des membres du commando aurait été identifié par les services français comme ayant participé à l'enlèvement de Serge Lazarevic et Philippe Verdon en novembre 2011.

Ces informations correspondent aux profils de ravisseurs qui se dessinaient ces derniers jours. D'après Ambéry Ag Rhissa, le représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), qui venait d'être interviewé par les deux journalistes, les ravisseurs parlaient tamachek, la langue touareg. Cet indice laisse penser que les ravisseurs étaient des rebelles touareg ou des islamistes d'Ansar Dine. "C’étaient des professionnels, pas des bandits à la petite semaine", assure une source proche du dossier à Libération.

Quel serait le motif de l'enlèvement ?

"Des parents des trois suspects identifiés sont actuellement détenus à Bamako, ce qui a fait émerger un motif éventuel de cette action menée contre les journalistes", indique Le Monde. Selon le quotidien, ils auraient décidé d'enlever les deux journalistes parce que la remise en liberté de leurs parents n'avait pu être négociée au cours de la libération des quatre otages français enlevés au Niger en 2010. Mais cette explication n'est qu'une hypothèse, souligne Le Monde.

Un lien avec la libération des ex-otages au Sahel avait déjà été évoqué au lendemain de la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Une mauvaise répartition de la possible rançon pourrait expliquer cet acte de représailles, comme l'avance l'anthropologue André Bourgeot, spécialiste des mouvements touareg dans la région. "Il n'est pas impossible que certains, au sein d'Aqmi, se soient sentis grugés."

L'hypothèse est reprise par Libération, qui explique qu'enlever les deux journalistes était probablement la première intention des ravisseurs. Mais leur véhicule serait tombé en panne à quelques kilomètres de Kidal. Se sachant pourchassés, ils auraient peut-être préféré tuer leurs otages, pour ne pas être ralentis, avance le journal. 

Mais la piste du meurtre ciblé n'est pas écartée. Le Monde indique que des commandos jihadistes ont, par ailleurs, été constitués avec "pour mission de traquer tous ceux qui collaborent avec les Français dans la région". Le mode opératoire inhabituel avait déjà incité La Croix à avancer l'hypothèse d'un assassinat ciblé contre des journalistes français, que les jihadistes considèrent comme "des ennemis, au même titre que les soldats envoyés les combattre".

Comment ont été obtenues ces informations ?

"Selon une source locale à Kidal, confirmée par une source gouvernementale française, la mise au jour des profils de ces trois membres du groupe de preneurs d'otages a notamment été rendue possible grâce à un document découvert dans le véhicule trouvé à proximité des cadavres des deux journalistes, poursuit Le Monde. Cette pièce a permis d'identifier un premier individu déjà fiché, en 2010, comme un membre d'Aqmi, et de remonter sur deux autres membres du commando."

Libération explique de son côté qu'un responsable gouvernemental a confirmé que le véhicule abandonné par les ravisseurs était en panne. "On ne sait pas encore quel lien cela a avec les faits", a confié cette source au quotidien. 

Sollicités, les porte-parole de la DGSE et du chef d'état-major des armées ont indiqué ne disposer d'aucun élément confirmant ces informations, conclut toutefois Le Monde.

Vous êtes à nouveau en ligne