Assassinat des journalistes de RFI : "Le commando n'avait pas assez d'expérience pour cette opération"

Une rue de Kidal, le 27 juillet 2013. C\'est dans cette ville du Mali que deux journalistes de RFI ont été enlevés, puis tués, le 2 novembre 2013. 
Une rue de Kidal, le 27 juillet 2013. C'est dans cette ville du Mali que deux journalistes de RFI ont été enlevés, puis tués, le 2 novembre 2013.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

L'expert Louis Caprioli et le journaliste de France 2 Gérard Grizbec s'interrogent sur les motivations du commando touareg suspecté d'avoir tué Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

Après la revendication par Al-Qaida au Maghreb islamique de l'assassinat des deux journalistes de RFI, l’expert de l’antiterrorisme Louis Caprioli et le reporter de France 2 Gérard Grizbec, qui se trouve au Mali, livrent leur analyse à francetv info.

Francetv info : Que vous inspirent les derniers éléments connus sur les circonstances de la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?

Gérard Grizbec : Ici, tout le monde s’est interrogé sur la logique de ces évènements tragiques. Le groupe responsable de l’assassinat a-t-il voulu montrer au MNLA, dont les journalistes de RFI venaient de rencontrer l’un des porte-parole, qu’ils pouvaient enlever des Français, sous leurs yeux, et les tuer un peu plus loin ? Ce triste scénario est trop compliqué. En fait, le plus troublant, c’est bien la voiture abandonnée, fermée à clé, volant bloqué et sans aucune trace de violence. Comme si on venait simplement de la garer au parking. A priori, il n’y a là aucun signe de panique. Et c’est ainsi qu’est venue l’hypothèse d’une banale panne mécanique qui aurait perturbé cette opération.

Louis Caprioli : Le déroulement de cette affaire est effectivement très surprenant. Si les ravisseurs avaient voulu exécuter vos confrères, ils l’auraient fait sous les yeux des quelques témoins qui pouvaient se trouver là. En réalité, ils souhaitaient très certainement enlever cette équipe connue en Afrique, pour en faire un événement médiatique et rentable, si j’ose dire. Aux yeux des commanditaires de l’action, d’évidence, la vie des otages représentait une plus grande valeur que des personnes tuées. Cette opération a donc été perturbée, mais par quoi ? Une panne, peut-être, mais en ce qui me concerne, je pense que les auteurs du rapt n’en avaient pas les capacités. Tout montre que ce commando n’avait pas l’expérience requise pour une telle action. Alors il a assassiné, et qui plus est, froidement, semble-t-il.

Quelles sont les conséquences concrètes du double assassinat de Kidal ?

Gérard Grizbec : Sur le terrain, les gens de Bamako, où je me trouve, disent : "Vous voyez, vous les Français, vous avez été trop gentils avec les Touareg. Et voilà ce qui arrive." Ce genre de propos n’est pas étonnant. L’antagonisme entre l’Etat malien et les Touareg reste vif. La France a empêché l’armée malienne de monter à Kidal de peur des règlements de comptes. La grande concorde nationale n’a pas l’air pour aujourd’hui.

Louis Caprioli : On est maintenant absolument dans une guerre asymétrique. Il n’y a pas suffisamment d’hommes au sol, il faudrait des avions, des drones… Les perspectives ne sont pas souriantes, pour le moins. Et j’ajouterais qu’effectivement, nous avons été peut-être trop indulgents avec certains Touareg, qui ont été réorientés vers la lutte armée. Il va devenir difficile de s’entendre avec tout le monde. Quant aux otages qui sont encore là-bas, de mon point de vue, leur sécurité n’est pas immédiatement menacée. Leurs ravisseurs ont déjà obtenu médiatisation et compensation de tous ordres pour ceux qui ont été libérés, alors la détention d’autres Français leur offre un instrument de chantage réel.

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