Attentat à Bamako : le Mali n'en a pas fini avec l'instabilité

Des membres des forces de sécurité près du lieu de l\'attentat, à Bamako, le 7 mars 2015.
Des membres des forces de sécurité près du lieu de l'attentat, à Bamako, le 7 mars 2015. (HABIBOU KOUYATE / AFP)

L'attentat de Bamako qui a coûté la vie à 5 personnes rappelle que le pays n'est pas encore stable.

Jamais Bamako n'avait été frappée aussi durement par le terrorisme. Même dans les moments les plus difficiles traversés par le pays, de la prise du Nord par des groupes armés, au déclenchement de l'intervention française, la capitale malienne avait semblé à l'écart des violences. Un sentiment de sécurité qui fait dire au député des Français de l'étranger, Pouria Amrishahi, que "les gens ne sont pas habitués à la peur à Bamako".

Dans la nuit de vendredi 6 à samedi 7 mars, ce sentiment de sécurité a volé en éclat. Cinq personnes, dont un Français et un Belge, ont été tuées et quatre autres blessées dans l'attaque d'un restaurant fréquenté par des expatriés. Une attaque qui témoigne, deux ans après le déclenchement de l'opération française Serval, de la difficile marche vers la paix pour le pays.

Une cellule démantelée en 2013 à Bamako

Depuis que les jihadistes ont été chassés du nord du Mali, à partir de janvier 2013, le pays n'est jamais parvenu à se débarrasser totalement de la crainte d'attaques.

Ainsi, la capitale a toujours été sous la menace d'attentats. En mars 2013, une cellule du groupe jihadiste Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'ouest), avait été démantelée à Bamako, relatait Jeune Afrique. Elle était soupçonnée de "planifier des opérations dans la ville." L'hebdomadaire notait alors que "c'est la première fois que la menace terroriste est clairement identifiée dans le sud du pays. Jusqu’à présent, les jihadistes étaient surtout actifs dans certaines zones du Nord-Mali".

Recrudescence de la violence

Surtout, à l'automne 2014 les attaques terroristes visant principalement les forces de sécurité se sont multipliées au Nord-Mali, que ce soit à l'engin explosif improvisé, avec des tirs de roquettes, ou encore lors d'attentats meurtriers. En octobre, s'appuyant sur des sources concordantes, l'AFP évoquait la présence de plusieurs centaines de jihadistes sur le terrain, alors qu'auparavant ils se cachaient.

Cette augmentation de la violence faisait dire au chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, que "ça n'est plus un contexte de maintien de la paix". Ce dernier y voyait deux raisons : un désengagement militaire aussi bien français que malien et "un lien avec la situation dans le sud de la Libye". Cette région, hors de toute contrôle, fait figure de sanctuaire pour les groupes terroristes et inquiète les pays sahéliens (Tchad et Niger en tête) qui y voient une menace pour leur sécurité.

Les groupes touaregs s'entredéchirent

De plus, alors que le fief rebelle de Kidal, près de la frontière algérienne, au nord, échappe à l'autorité de Bamako, la rébellion touarègue s'est atomisée en différents groupes armés aux allégeances mouvantes et qui s'entredéchirent. Ainsi, l'amenokal de Kidal, chef traditionnel des Touaregs de la tribu des Ifoghas dans l'extrême-nord, a pris position contre les indépendantistes, relatait RFI. Il dit même "non pour l'autonomie".

Groupes rebelles et groupes armés touaregs favorables au gouvernement malien se sont même affontés dans la région de Tabankort, un verrou sécuritaire stratégique à mi-chemin entre Kidal et Gao (tenue par les forces favorables à Bamako). C'est aussi une position importante pour le contrôle du narcotrafic.  "La drogue a complètement gangréné cette zone", observait auprès de l'AFP un important homme d'affaires originaire du Nord. Il attribuait un poids essentiel dans les scissions et les fortunes guerrières des différents groupes à l'appui des narcotrafiquants qui contrôlent les routes de transit de la cocaïne, fluctuant au gré des calculs d'opportunité.

Au bout du compte, cette situation complique la signature d'accords avec le gouvernement à Bamako. "Le gouvernement malien, les groupes armés favorables à Bamako et les groupes rebelles tentent depuis six mois de trouver un accord pour mettre fin au conflit qui déstabilise le nord du Mali depuis 2012", rappelait Le Figaro.

Pourtant, un pas important a été franchi le 1er mars, à Alger. Un "accord pour la paix et la réconciliation au Mali", a été paraphé par le gouvernement malien et les groupes qui lui sont favorables, tandis que les rebelles n'ont pas rejeté le texte, mais réclamé un délai pour consulter leur base. Le texte appelle à "reconstruire l'unité nationale du pays sur des bases novatrices, qui respectent son intégrité territoriale, tiennent compte de sa diversité ethnique et culturelle". Les terroristes ont-ils voulu influer sur ce processus ?

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