Au Mali, 50 ans de conflits touareg et une proclamation d'indépendance

Des rebelles touareg du Mouvement national de libération de l\'Azawad en 2012, dans le nord du Mali.
Des rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad en 2012, dans le nord du Mali. (FERHAT BOUDA / MAXPPP)

En balayant l'armée malienne en trois jours, les rebelles touareg ont pris pour la première fois l'ascendant militaire au Mali. Un avantage qu'ils attendaient depuis 1960 et les premières révoltes de cette population marginalisée par Bamako.

Ils attendaient cela depuis cinquante ans. En balayant l'armée malienne en trois jours, les rebelles touareg ont pris pour la première fois l'ascendant militaire au Mali. Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) a proclamé l'indépendance du nord-Mali, vendredi 6 avril. Une déclaration immédiatement rejetée par la France et l'Union africaine.

Comme le rappelle le MNLA dans sa déclaration d'indépendance, vendredi, les Touareg se sont régulièrement révoltés contre le pouvoir de Bamako. Chronologie.

Dès les années 1960, les premières révoltes

Ecartelés entre plusieurs Etats (Mali, Niger, Mauritanie, Algérie, Libye, Burkina Faso), les Touareg sont les grands perdants des indépendances des années 1950-1960. Les frontières qui sont alors tracées dans l'ancienne Afrique occidentale française ne correspondent pas au mode de vie de ces éleveurs nomades.

Au Mali, l'ancienne puissance coloniale, la France, confie le pouvoir aux sudistes au détriment des populations du Nord, peu éduquées et marginalisées. Les Touareg "n'ont pas très bien compris ce qui se passait, pourquoi les Français partaient et pourquoi une administration de gens, qu'ils ne connaissaient pas et qui étaient noirs, arrivait", raconte Pierre Boilley, directeur du Centre d'études des mondes africains (Cemaf).

Très vite, les frictions se multiplient entre les deux populations. Le président socialiste Modibo Keita souhaite mettre fin au système des chefferies, qu'il qualifie de féodal. En mai 1963, un incident, d'apparence bénigne, met le feu aux poudres. De jeunes Touareg dévalisent deux soldats maliens. Les autorités prennent l'affaire au sérieux. "L'armée malienne a réprimé tous azimuts. Il y a eu beaucoup de morts, de troupeaux tués et d'humiliation", explique Pierre Boilley.

Les Touareg tentent de résister mais ne font pas le poids. Ce premier conflit se termine en août 1964 par la défaite des Touareg. Il marque durablement les deux parties : les Maliens considèrent désormais le nord comme une région potentiellement sécessionniste et les Touareg gardent un souvenir cuisant de cette humiliation.

• Le conflit reprend en 1990

Placée sous une véritable chape de plomb sécuritaire, la région est victime de sécheresses dans les années 1970 et 1980. Beaucoup de jeunes Touareg trouvent refuge en Libye. C'est dans les corps touareg de l'armée du colonel Kadhafi que naissent les mouvements rebelles. Des cellules se forment un peu partout au Sahel, ce qui a pour conséquence de mettre les services secrets algériens et maliens sur les dents.

En mars et avril 1990, les Maliens multiplient les arrestations et les découvertes de caches d'armes. Mais les rebelles ne se découragent pas. Le 28 juin, Iyad Ag Ghali, aujourd'hui chef d'Ansar Dine, et ses hommes du Mouvement populaire de l'Azawad (MPA) attaquent la garnison militaire de Ménaka. "Cette guérilla très rapide a complètement déboussolé l'armée malienne", estime Pierre Boilley. Avec la démocratisation du Mali en 1992, un pacte national de paix est signé. "Il est devenu le document de fin de rébellion. C'était un très bon pacte", selon le chercheur.

L'accord prévoit d'octroyer au Nord un statut administratif et politique particulier, avec une très large autonomie. Les combattants touareg sont également invités à rejoindre les rangs de l'armée, de la police et des douanes. Des mesures qui répondent aux revendications des hommes bleus, comme sont surnommés les Touareg. "C'était une rébellion d'intégration, ils voulaient devenir des Maliens à part entière", rappelle Pierre Boilley. Le pacte ne sera pourtant pas appliqué dans sa totalité.

Le trafic de drogue et l'arrivée d'Aqmi replongent la région dans la violence

Malgré une autonomie accrue, la région n'obtient pas le statut particulier prévu par le pacte national. A cette frustration s'ajoutent des investissements toujours faibles et la déception des jeunes qui ne réussissent pas à intégrer l'armée ou la police. En mai 2006, des rebelles touareg s'emparent de Kidal et Ménaka, pour dénoncer les conditions d'application du pacte. De nouveaux accords, reprenant certains points non appliqués du pacte, sont signés à Alger, sous l'égide du gouvernement algérien.

Mais la région est à nouveau déstabilisée à partir de 2007 avec l'arrivée d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et de la drogue. Avec Aqmi, c'est l'insécurité qui fait son retour dans la zone et provoque le départ des ONG. Le trafic de drogue, lui, "a mis la pagaille, estime Pierre Boilley. Il était facile de faire de l'argent. Des fiefs et des milices se sont créés." A Bamako, les autorités maliennes, dont certains membres sont soupçonnés de tremper dans ces trafics, ne réagissent pas.

Les Touareg eux, se radicalisent. "Après la rébellion de 1990, les espoirs qu'elle avait suscités, surtout en termes de développement, se sont peu à peu évanouis, ce qui a entraîné une radicalisation pour l'indépendance", analyse Pierre Boilley. A cela s'ajoute le racisme qui subsiste entre les deux communautés. "Pour de nombreuses personnes, les gens sont vite catalogués au faciès. Les "peaux rouges", Maures ou Touareg à la peau plus pâle, sont assimilés à des rebelles", raconte le chercheur.

Les maladresses du gouvernement malien, qui construit de nouvelles casernes, et le retour, avec armes et bagages, des Touareg de Libye après la chute de Kadhafi vont achever de mettre le feu aux poudres. Le 17 janvier dernier, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad attaque l'armée malienne à Ménaka.

Pour comprendre la crise actuelle :


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