Madagascar : un pays paralysé par des crises politiques à répétition

L\'allée des baobabs près de Morondova à Madagascar.
L'allée des baobabs près de Morondova à Madagascar. (JEAN-PHILIPPE DELOBELLE / BIOSPHOTO / AFP)

Le second tour de la présidentielle à Madagascar se tient le 19 décembre 2018 dans un contexte politique pacifié après de nombreuses années de crise. L’occasion de mieux connaître ce pays de l'océan Indien, situé à quelques encâblures (400 km environ) des côtes du continent africain. Voici une présentation du pays en quatre points.

Les 24 millions d'habitants de Madagascar, qui n'a cessé de connaître une succession de crises politiques depuis son indépendance en 1960, élisent démocratiquement leur président le 19 décembre 2018.

Géographie : une des plus grandes îles au monde

La république de Madagascar, son nom officiel, d’une superficie de 587 041 km², comparable à celle de la France métropolitaine, est la cinquième plus grande île au monde (après l'Australie, le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo).

Appelée parfois l’île rouge en raison de la latérite qui colore ses plateaux, la Grande île s’étire sur quelque 1 500 km de long du nord au sud, avec une largeur maximale de 575 km d’est en ouest. Le point le plus haut de Madagascar culmine à 2 876 m.

La géographie du pays, avec sa chaîne de montagne en son centre, permet la cohabitation de plusieurs climats, alternant des zones très sèches et d'autres beaucoup plus humides, parfois sensibles aux cyclones. En janvier 2018, le cyclone Ava y a fait 51 morts et 22 disparus. En mars 2017, Enawo avait déjà causé près de 80 morts.

La séparation très ancienne de l’île du continent explique la présence d’une faune et d’une flore unique. 

Histoire : une présence française marquante

Les premiers Européens qui découvrent l’île en 1500 sont les Portugais. Mais c’est surtout à partir du XVIIe siècle que la présence européenne affecte de manière décisive le destin de l’île.

La France entend bien s’imposer sur cette région. Un traité d'alliance franco-malgache est signé le 17 décembre 1885 par la reine Ranavalona III. Pour une affaire d’interprétation du traité, les Français envahissent l’île en 1895. Après un début d’occupation relativement pacifique, la présence française se fait beaucoup plus brutale après des manifestations de résistance populaire.

En 1896, la pacification menée par le général Gallieni débouche sur une colonisation de Madagascar. La France s'installe avec un mélange d’exploitation économique et d’investissements (ligne de chemin de fer, politique de santé…).

Après la Deuxième guerre mondiale, les revendications indépendantistes se développent. En 1947, une insurrection est écrasée au prix de milliers de victimes. Madagascar devient indépendante le 26 juin 1960.

Politique : des crises à répétition 

Le pays a connu plusieurs périodes politiques depuis son indépendance. Des périodes souvent troublées. Pour preuve de cette instabilité politique (crises de 1972, 1991, 2002 et 2009), le pays en est aujourd’hui à sa quatrième République. Celle-ci est de type mi-parlementaire, mi-présidentiel. Le président est élu au suffrage universel tandis que le gouvernement est responsable devant le Parlement.

La succession des crises politiques a marqué le pays. Ces événements "ont engendré une forte récession économique et une érosion de l’attractivité du pays, tout en ruinant les opportunités d’emplois et de revenus pour les ménages, détériorant ainsi les conditions de vie des populations, notamment les couches les plus vulnérables", selon la Banque Africaine de Développement (BAD).

Economie : des exportations dominées par la vanille

"Avec un PIB par habitant de 448 USD pour 2017 et 90% de sa population vivant avec moins de 2 USD par jour, Madagascar se situe parmi les pays les plus pauvres du monde. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement classent toutes deux Madagascar parmi les Etats fragiles", note Paris à propos de l’économie qui a connu un "taux de croissance annuel moyen du PIB de 0,6% entre 2009 et 2013 – un rythme insuffisant pour absorber une croissance démographique proche de 2,5%."

Le retour de la stabilité économique a permis à l’économie de redécoller (4,3% en 2017 après 4,2% en 2016). L’Etat malgache reste faible ce qui limite ses capacités d’investissements. Si les déficits sont maîtrisés, ils restent très dépendants des cours de la vanille, principale richesse de l’île et exportation numéro un du pays. Madagascar produit environ 80% de la récolte mondiale.

Dans son rapport, la BAD note que "bien que l’agriculture n’a subi que très peu de transformations au cours des quinze dernières années, elle demeure le principal pourvoyeur d’emplois, en occupant près de 80% des travailleurs au niveau national. Le faible développement de l’agriculture est surtout lié à sa faible professionnalisation ainsi qu’aux nombreuses contraintes auxquelles elle fait face : accès au marché et aux autres facteurs de production (routes, énergie, financement des intrants), accès à la terre, insécurité et changement climatique."

Des indicateurs qui montrent l'ampleur de la tâche que devra accomplir le prochain pouvoir malgache.

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