A Madagascar, une loi contre les violences faites aux femmes "sème la zizanie"

Des femmes malgaches célèbrent la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2016, à Antisiranana. 
Des femmes malgaches célèbrent la Journée internationale des femmes, le 8 mars 2016, à Antisiranana.  (RAFALIA HENITSOA / ANADOLU AGENCY)

Les milieux conservateurs soupçonnent le texte d’ouvrir la voie au mariage homosexuel.

Une loi réprimant les violences basées sur le genre est jugée suspecte par certains élus et hommes d'Eglise à Madagascar. Elle pourrait, selon eux, favoriser l'union entre deux personnes de même sexe. 

La guerre des mots

Quel lien y a-t-il entre une loi sur les violences sexistes et le mariage entre personnes de même sexe ? A priori, aucun, si ce n’est la mauvaise interprétation d'un texte adopté à la mi-décembre 2019. L’un des articles de la loi prévoit une peine de deux à cinq ans de prison pour "tout acte de pénétration sexuelle (...) commis sur le conjoint ou sur la personne engagée dans une union, par violence, contrainte ou menace". Dans ce passage, c’est le mot "conjoint" qui pose problème.

Pourquoi a-t-on utilisé le mot 'le conjoint' au masculin et non pas 'la conjointe' au féminin (…) Cette loi reconnaît-elle déjà la possibilité de n'avoir que des conjoints dans une union ?Fidèle Razara Pierre, député de l'oppositionà l'AFP

Craintes d’un "mariage pour tous"

Les interrogations de l’élu ont été aussitôt relayées sur les réseaux sociaux et le texte visant à protéger les femmes contre les violences a été jugé flou, suspect et susceptible d’ouvrir la voie à la défense des droits des personnes homosexuelles et au mariage gay. Lors du débat au parlement, plusieurs députés ont refusé de voter le texte qui "sème la zizanie". Dans ce climat, la coordinatrice résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Violette Kakyomya, a dû intervenir pour calmer les esprits, comme le souligne RFI.

L'Eglise se méfie

Très influentes à Madagascar, les églises protestantes ont joint leurs voix aux critiques en anticipant sur un sujet qui n’était pourtant pas à l’ordre du jour. "L'Eglise (...) se doit d'alerter face à toute menace qui pèse sur la nation", a affirmé le pasteur Irako Ammi Andriamahazosoa en appelant le gouvernement à "ne pas favoriser le mariage pour tous".

Dans cette île très conservatrice de l’océan Indien, la loi ne réprime pas les relations homosexuelles, mais interdit aux personnes de même sexe de contracter un mariage ou d'adopter un enfant.

Pour éviter toute fausse interprétation, le gouvernement avait précisé que "l'union s'entend comme le lien entre un homme et une femme". Puis face à la polémique, il a dû répéter que la nouvelle loi ne favorisait pas les unions entre personnes de même sexe. 

La loi controversée doit d'abord être validée par la Cour constitutionnelle avant d'entrer en vigueur.

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