L’Italie régularise 200 000 migrants illégaux afin de répondre à la pénurie de travailleurs dans l’agriculture

Sutay Darboe, 42 ans, migrant sénégalais travaillant dans un champ de tomates près de Foggia en Sicile. 
Sutay Darboe, 42 ans, migrant sénégalais travaillant dans un champ de tomates près de Foggia en Sicile.  (ALESSANDRO BIANCHI / REUTERS)

L'Italie manque de bras pour ramasser les légumes et les fruits, mais ne veut pas plus d’immigrés. Or, les Italiens ne se bousculent pas dans les champs de Sicile pour ramasser les tomates pour quelques euros par jour.

L’Italie face à ses contradictions : la fermeture des frontières en raison de l’épidémie de Covid-19 a aggravé la pénurie de saisonniers dans l’agriculture. Le pays a besoin de travailleurs pour ramasser ses tomates, mais s’inquiète déjà des migrants qui pourraient quitter les côtes libyennes à la faveur de l’été.

En manque de bras pour ramasser ses fruits et ses légumes, l’Italie a commencé depuis le 1er juin 2020 à accorder des cartes de séjour aux migrants illégaux présents dans le pays. Le nombre de travailleurs agricoles en provenance de Roumanie et de Pologne a fortement chuté durant la pandémie en raison de la fermeture des frontières. Quant aux nombreux Marocains qui venaient pour travailler dans l’agriculture, la plupart sont retournés dans leur pays en février. Conséquence : les fruits et les légumes ne sont pas tous récoltés.

400 000 travailleurs étrangers réguliers travaillent dans l'agriculture italienne, 36% du total ne viendront pas cette année. Qui récoltera les légumes et les fruits ?Massimiliano Giansanti, président de la ConfagricolturaCorriere della Sera

La ministre italienne de l’Agriculture Teresa Bellanova affirmait récemment : "Actuellement, l’Italie a besoin de 270 000 à 350 000 travailleurs saisonniers dans le secteur agricole." C'est pourquoi environ un tiers des quelque 600 000 immigrants clandestins, selon les chiffres officiels sur le sol italien, bénéficieront d’un accompagnement pour s’installer.

D’autres secteurs d’activité manquent de main d’œuvre, comme l’hôtellerie (femmes de ménage) ou les soins aux personnes âgées. Cette régularisation est critiquée par les membres de la Ligue du nord et d'autres comme le maire de Bergame, Giorgio Gori, qui demande : "N'y a-t-il pas des Italiens en difficulté ? Et tous nos concitoyens sans travail, par exemple ceux qui perçoivent des revenus de solidarité. Pourquoi régulariser 200 000 citoyens non européens, sinon parce que payer 2 ou 3 euros de l'heure pour les étrangers est moins cher." Mais est-ce que les Italiens veulent aller travailler dans les champs, ou dans les maisons de retraite ?

Roumains, Marocains et Sénégalais

Pendant ce temps, le ministre de l'Agriculture rencontrait l'ambassadeur de Roumanie pour rétablir au plus vite le flux de travailleurs saisonniers. Teresa Bellanova a elle-même précisé : "Je souhaite que les Italiens travaillent et je propose que tous les bénéficiaires de subventions publiques, ceux qui ont des revenus de solidarité ou des allocations de chômage, soient en mesure de faire face à l'urgence du travail dans les champs." Mais elle a également réitéré sa position sur les migrants : "Nous avons besoin d'eux pour continuer le fonctionnement normal de la chaîne alimentaire aussi."

La procédure ouverte jusqu’au 15 juillet propose deux axes : les employeurs peuvent demander à régulariser un immigrant qu'ils souhaitent embaucher et les migrants irréguliers peuvent demander un permis temporaire de six mois pour  travailler. Cette deuxième possibilité ne peut être utilisée que par ceux qui peuvent démontrer qu'ils ont déjà travaillé dans les secteurs prévus par la réforme, c'est-à-dire dans la prise en charge "des personnes non autonomes", la domesticité et l'agriculture.

Une partie du Mouvement 5 étoiles s'est d'abord opposée à la mesure affirmant qu'elle représentait une sorte d'amnistie pour ceux qui exploitent le travail illégalement. Le gouvernement a donc décidé que les employeurs qui ont déjà été condamnés pour des délits liés à l'embauche illégale et à la facilitation de l'immigration illégale ne pourront pas accéder à cette procédure.

Des bras, mais pas de migrants

Même si l’Italie à besoin de bras dans plusieurs secteurs de son économie, elle ne veut pas ouvrir le pays à l'immigration. La Ligue du Nord de Matteo Salvini agite déjà le chiffon rouge en affirmant que 20 000 migrants seraient prêts à quitter la Libye, à la faveur de l’été (citant des sources des services de renseignement italien). L’Italie a d’ores et déjà demandé à Bruxelles une répartition équitable des migrants qui arriveraient cet été sur les côtes italiennes et une révision des règles de Schengen.

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