Libye : Khalifa Haftar "a bien fait comprendre qu'il allait continuer les combats"

Le 8 avril 2019, des forces fidèles au Gouvernement libanais reconnu internationalement reconnu par le gouvernement national (GNA) ont traversé l\'ancien aéroport de Tripoli.
Le 8 avril 2019, des forces fidèles au Gouvernement libanais reconnu internationalement reconnu par le gouvernement national (GNA) ont traversé l'ancien aéroport de Tripoli. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Hélène Bravin, consultante et chercheuse indépendante sur la Libye, a répondu aux questions de franceinfo, lundi soir, alors que les forces du maréchal Khalifa Haftar, qui domine l'est du pays, souhaitent marcher sur Tripoli, la capitale, tenue par le Gouvernement d'union nationale.

L'homme fort de l'est libyen, le maréchal Khalifa Haftar a poursuivi, lundi 8 avril, son offensive vers Tripoli au prix de violents combats avec ses rivaux du gouvernement d'union nationale. Ces attaques ont fait des dizaines de morts depuis jeudi et déplacé plus de 2 800 personnes. Khalifa Haftar "a bien fait comprendre qu'il allait continuer les combats", a expliqué, lundi soir sur franceinfo, Hélène Bravin, consultante et chercheuse indépendante sur la Libye.

franceinfo : Dans quel contexte se déroule cette offensive ?

Hélène Bravin : Le gouvernement de Fayez al-Serraj [Premier ministre libyen] n'est pas reconnu par le Parlement de Tobrouk. C'est un gouvernement qui a du mal à asseoir sa légitimité. Dans le passé, il a été confronté à certaines milices qui n'approuvaient pas ce gouvernement. Il est donc assez instable. Il est soutenu par la communauté internationale. L'Onu l'a mis en place en 2016, mais sans obtenir l'approbation du Parlement de Tobrouk.

La communauté internationale peut-elle compter sur Fayez al-Serraj pour assurer la stabilité en Libye ?

La communauté compte sur un processus politique qui devrait amener à des élections qui permettraient aux Libyens de choisir leurs propres représentants. C'est le souhait prioritaire de la France et d'un certain nombre de pays. L'Onu a rendu visite à Haftar le jour même du commencement des combats, mais cela n'a rien donné. Il a bien fait comprendre qu'il allait continuer les combats.

Le maréchal Khalifa Haftar a vécu longtemps aux États-Unis. Il a été opposant à Kadhafi avant de revenir. Qui est-il vraiment ?

C'est un homme qui a été blessé dans son estime à plusieurs reprises, d'abord pendant la guerre du Tchad où il a été fait prisonnier par Hissène Habré [président de la République du Tchad de 1982 à 1990]. Il est revenu en Libye à la faveur de la révolution et là il a été purgé au même titre que d'autres officiers. L'armée a été purgée deux fois après la révolution. Une première fois en 2012 et une autre en 2013 qui a concerné des anti-Kadhafi. Des militaires qui ont combattu Kadhafi et dont a fait partie le maréchal Haftar.

Assiste-t-on à des règlements de compte post-Kadhafi ?

Khalifa Haftar a essayé de restructurer l'armée. Ce qu'il veut faire c'est en découdre avec les milices. Il est contre le règne des milices qui se sont installées à Tripoli et il était contre le projet de remplacer l'armée par les groupes armés. Il semblerait que la population de Tripoli soit partagée sur le maréchal. Certains voudraient le voir au pouvoir, d'autres le détestent. Les Libyens sont lassés d'une insécurité quotidienne.

Comment cela va-t-il évoluer à Tripoli ?

Le maréchal rencontre une résistance. On ne connaît pas l'issue de ces combats. Comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères, il peut y avoir match nul. C'est-à-dire que les deux parties se neutralisent et on arrive à des négociations politiques.

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