Les combats autour de Tripoli ont laissé les commerces et les petites entreprises en ruine

Les zones industrielles et les banlieues autour de la capitale libyenne ont été dévastées.

En avril 2019, le maréchal Khalifa Haftar a lancé une offensive pour prendre le contrôle de Tripoli, siège du Gouvernement d'union nationale (GNA) de Libye. Après 14 mois de violents combats opposant le GNA, reconnu par l'ONU, à l’homme fort de l’Est libyen, un grand nombre de petites et moyennes entreprises ont été sévèrement endommagées dans les zones industrielles entourant la capitale.

Mais certains entrepreneurs, interrogés par l’AFP, veulent croire à un possible recommencement, comme après toutes les guerres qu'a connues le pays ces dernières années.

10 photos de bâtiments en ruine prises par Mahmud Turkia illustrent ce propos.

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Aujourd'hui, la communauté jeune et dynamique des entrepreneurs, même si elle est livrée à elle-même, veut s’en sortir et voler de ses propres ailes. Mais beaucoup d’entre eux voient leur enthousiasme en prendre un sérieux coup, à chaque fois que des affrontements éclatent, accentuant la fragmentation d'une nation déjà fragilisée.            MAHMUD TURKIA / AFP
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"Malgré la destruction, nous reprendrons très vite le travail", assure M. Mahmoud al-Charkassi, la quarantaine, au milieu des décombres. "Cet endroit, c'est le cœur de mon projet. C'est ici que tout a commencé", explique le chef d’entreprise, dépité à la vue des bâtiments détruits où il stockait les matériaux de son usine de cuisines équipées à Ain Zara, en banlieue de Tripoli.        MAHMUD TURKIA / AFP
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"Les opportunités ne manquent pas", assure M. Charkassi. Les PME peuvent être un vecteur de croissance, mais il faut que l'Etat qui compte exclusivement sur les revenus du pétrole "se décide à abandonner l'économie rentière au profit de la privatisation", dit-il.      MAHMUD TURKIA / AFP
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"Trop d'obstacles ont fragilisé la plupart des PME libyennes, (...) car les banques refusent d'accorder des financements aux PME et aux start-ups", ajoute Nessrine Gaddah, de l'Agence française de coopération technique et internationale, Expertise France.     MAHMUD TURKIA / AFP
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Mais "la mentalité des jeunes a changé. Ils sont nombreux à avoir compris que l'avenir est dans le secteur privé, pas dans le secteur public", ajoute Mme Gaddah. Selon elle, il reste toutefois "un long chemin à parcourir" dans un système où les démarches sont compliquées. Enregistrer son entreprise privée est "un processus long, pénible et (...) coûteux".       MAHMUD TURKIA / AFP
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Marouane al-Bouechi est du même avis. Mais, pour cet artisan ferronnier de 47 ans, la lutte contre la corruption et la stabilité économique sont la priorité pour rassurer les investisseurs. "La corruption est devenue d'une banalité alarmante. Si tu n'es pas corrompu, (...) tu n'es pas assez futé pour le business", ironise-t-il, en faisant l'inventaire des dégâts dans son atelier, partiellement détruit. Lui aussi se dit prêt à relancer son activité.        MAHMUD TURKIA / AFP
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Walid Fathi, lui, n'a pas tenu le coup et a dû "mettre la clé sous la porte, licencier son personnel et quitter la Libye" en 2015, en raison d'un conflit de plusieurs mois qui a opposé des milices rivales à Tripoli et ses alentours. Sa société publicitaire fondée en 2006 marchait pourtant bien.            MAHMUD TURKIA / AFP
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"Nous voulions (...) créer quelque chose dans le pays, pour le pays", mais la petite entreprise d'une dizaine d'employés n'a pas "tenu le coup", à cause de l'insécurité croissante, raconte l'entrepreneur de 45 ans. "Nos dépôts ont été pillés (...) et les imprimantes importées d'Allemagne, le papier et les encres volés", des marchandises estimées à près de 170 000 dollars, déplore Walid Fathi.      MAHMUD TURKIA / AFP
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De retour en Libye pour quelques jours, Walid Fathi s'y trouve aujourd'hui coincé, après la fermeture des frontières en raison de la pandémie de Covid-19. Alors, pour "ne pas chômer", il se retrouve, comme à ses débuts, à distribuer ses cartes de visite auprès de commerçants du centre-ville, afin "de sonder le terrain". Pour lui aussi, la vie n'est qu'un "éternel recommencement".      MAHMUD TURKIA / AFP
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Mouammar Kadhafi a régné en Libye pendant 42 ans, de 1969 à 2011, année où il a été renversé et tué. Sous sa dictature, le secteur privé a quasiment été supprimé. Usines, commerces, hôtels… ont pratiquement disparu pour faire place aux entreprises étatiques. En 2020, on compte dans le pays deux millions de fonctionnaires pour 6,6 millions d'habitants, dont les salaires représentent 59% du budget de l'Etat, selon la Banque centrale libyenne.      MAHMUD TURKIA / AFP
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