Les Tunisiens découvrent la démocratie

(Radio France © France Info)

Dimanche prochain, c'est un jour historique en Tunisie. Ce sont les premières élections libres. Depuis le départ de Zine el-Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier, la Tunisie est en plein bouillonnement. Les Tunisiens découvrent des scènes qu'ils n'ont pas l'habitude de voir dans leur pays. Un scrutin source d’espoirs et d’inquiétudes.

Pendant 23 ans les Tunisiens n'ont pas pu s'exprimer.
Les médias étaient muselés.
Aujourd'hui un vent de liberté souffle dans les rues de Tunis, la capitale.
_ La campagne électorale s'intensifie.
Dans les rues, distribution de tracts, voitures sonorisées.
Sur l'avenue Bourguiba, des stands de partis sont montés pour distribuer les professions de foi des candidats.
Dans cette grande artère de Tunis, des barbelés ont aussi été installés et quelques véhicules militaires sont stationnés depuis plusieurs jours, en face du ministère de l'Intérieur.
Une précaution prise pour éviter les débordements lors des manifestations. Car depuis le départ de Ben Ali, les Tunisiens parlent. Des manifestations sont organisées pour défendre la liberté d'expression.

par FranceInfo

Le rôle des réseaux sociaux dans ce printemps arabe a été mondialement salué.
Les blogueurs ont le sentiment d'avoir joué un grand rôle, comme les millions d'observateurs qui ont publié des photos, des vidéos sur Facebook, pour dénoncer la dictature.
Aujourd'hui ces cyberactivistes réfléchissent ensemble aux nouveaux défis. Ils multiplient les appels sur Facebook, twitter pour inciter les Tunisiens à se rendre aux urnes dimanche.

"Nous apprenons ce qu'est la démocratie"

Lilia, a 28 ans. Elle a beaucoup écrit sur la révolution. Elle a même parfois pris des risques. Elle est aujourd'hui pleine d'espoir même si pour elle “ tout peut encore basculer ”.
Elle se souvient de ce qui s'est passé en 1987, à l'arrivée de Ben Ali au pouvoir. Tout le monde était “euphorique”. Ensuite notre pays est devenu “ une dictature qui s'est endurcie ”.
Neuf mois après le départ de Ben Ali, “la justice traîne encore”. “Elle n'est pas encore indépendante”. “Le ministère de l'Intérieur a encore le monopole sur le pays”. Nous avons “deux challenges” à réaliser : “ la justice ” et “désamorcer ce corps criminel qu'est le ministère de l'Intérieur”. C'est pour ces raisons qu'il faut “prendre notre destin en main” et “continuer à se mobiliser”.
Aujourd'hui, jeune journaliste, elle veut témoigner, dénoncer aussi et inciter les Tunisiens à aller voter dimanche.

Comme Lilia, Sarra Ben Hamadi, est une jeune blogueuse tunisienne. Elle aussi a été très active pendant la révolution. Elle publiait des textes essentiellement sur Facebook. “Plus facile” dit-elle, “les choses allaient tellement vite.”
Pour elle, “il reste encore beaucoup de chemin à faire. Il n'y a pas que Ben Ali. Il y a tout un système qu'il faut démanteler ”.
“J'ai espoir, cela ne peut pas être pire de toute façon. On est en train d'apprendre ce qu'est la démocratie ”.

Les cyber-activistes tunisiens sont conscients qu'il reste beaucoup de travail à faire.
La démocratie commence à s'installer dans le pays. C'est une découverte pour les Tunisiens.
Mais tout reste encore “ fragile ”.
Alors pour mobiliser encore plus les électeurs, cinq femmes tunisiennes ont décidé de frapper fort. Elles sont membres de l’association Engagement Citoyen.
Elles ont réalisé un petit clip dans lequel elles montrent, d'une manière très efficace que la dictature peut revenir. Alors “ votez ”.

Même l'Instance supérieure indépendante des élections tunisiennes (ISIE) a lancé une campagne de mobilisation sur les réseaux sociaux.

_ L’ISIE a également lancé une campagne télé nommée “la Tunisie Vote”.

Mikaël Roparz