Les coptes, une nouvelle fois cibles de violences en Egypte

(Radio France © France Info)

L'armée égyptienne est-elle responsable des heurts qui ont fait au moins 24 morts et plus de 250 blessés hier soir au Caire ? _ La question fait polémique, au point que le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir en Égypte, a demandé une enquête rapide. En attendant, alors que l'Europe et Obama condamnent ces violences, les coptes sont une nouvelle fois taraudés par cette interrogation : s'exiler ou pas de leur pays où ils se sentent de plus en plus ostracisés. Ils seraient déjà 100.000 à avoir quitté l'Egypte depuis la chute de Moubarak.

Les affrontements d'hier ont éclaté alors que des coptes manifestaient leur colère contre la destruction partielle d'une de leurs églises et contre les forces de l'ordre qui n'ont alors pas su protéger leur lieu de culte.
_ Manifestation qui a rapidement dégénéré, pour atteindre un summum, quand plusieurs gros blindés de l'armée, selon des témoins, ont foncé, voire roulé sur les manifestants, place Tahrir, au centre du Caire. Bilan : au moins 24 morts et plus de 250 blessés, selon le ministère de la Santé.

Que s'est-il réellement passé pour que la manifestation tourne à la bagarre de rue devant la télévision d'Etat, sur la corniche du Nil puis Place Tahrir et Ramsès. Plusieurs sons de cloches. Celui des militaires qui accusent les manifestants de les avoir attaqués à coups de pierres ou de cocktails molotov. Et celui des coptes qui affirment que leur manifestation pacifique a été réprimée par des tirs à balles réelles de la part des forces de l'ordre. Le patriarche Chénouda III, chef de l'église copte orthodoxe dénonce lui la présence d'"inconnus infiltrés" dans la manifestation, qui auraient provoqué les premiers heurts.

  • Consulter ici le blog francophone de la communauté copte d'Égypte qui relate les incidents du week-end.

    Ce n'est pas la première fois que les coptes sont au cœur de violences. En janvier dernier, un attentat contre une église d'Alexandrie avait fait 23 morts.
    _ Et la chute de Moubarak n'a pas arrangé les choses. Bien au contraire ! Le 8 mars dernier, ce sont 13 personnes qui ont été tuées dans des affrontements entre Coptes et musulmans, après encore l'incendie d'une église du sud de la capitale.

    Le choix de l'exil ?

    Les coptes au juste reprochent au nouveau pouvoir par intérim - le Conseil supérieur des forces armées - de ne pas assez les protéger, de systématiquement traîner à punir les responsables de violences (même si l'agence officielle Mena annonce -fait rarissime- ce lundi -coïncidence de calendrier ?- la pendaison d'un homme pour le meurtre de six coptes en 2010), et de ne pas appliquer la loi unifiée sur les lieux de culte qui devraient leur permettre de construire aussi librement des églises, que les musulmans édifient des mosquées.

    Une revendication d'autant plus légitime que si la population copte est minoritaire, elle n'est pas marginale. Près d'un Égyptien sur dix est chrétien copte. Une communauté présente dans toutes les couches sociales égyptiennes, des "zabbalines", les célèbres chiffonniers du Caire, aux grandes et riches familles, comme celle de l'ancien chef de l'Onu Boutros Boutros-Ghali. Et pourtant, la représentativité de cette communauté est loin d'être assurée. En 2010, ils étaient moins de dix sur les 518 députés au Parlement égyptien. Et trouver du travail, pour eux, dans la justice, les universités ou la police, relève toujours du parcours du combattant.

    Face à ces difficultés grandissantes, beaucoup choisissent l'exil. Selon un rapport de l’Egyptian Union for Human Rights, publié le mois dernier, près de 100.000 coptes auraient choisi de quitter le pays depuis le renversement de Moubarak, en mars dernier. Un chiffre qui pourrait atteindre les 250.000 à la fin de l’année.

    Cécile Quéguiner, avec agences