La très symbolique visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda

(Radio France © France Info)

Nicolas Sarkozy débute aujourd’hui une mini-tournée africaine par une visite au Gabon. Point d’orgue de ce déplacement, le Président de la République sera demain au Rwanda. Première visite d’un chef de l’État Français depuis le génocide de 1994.

Nicolas Sarkozy aura trois heures. Trois heures, pas une de plus à Kigali, capitale du Rwanda, pour tourner la page de trois années de brouilles et d'accusations entre les deux pays. Une crise diplomatique avec en toile de fond le génocide de 1994 qui avait fait 800.000 morts en quelques mois.

Les tensions franco-rwandaises se font vives en 2006. Dès le mois de janvier le président rwandais Paul Kagamé réclame de la France qu’elle reconnaisse sa responsabilité dans ce génocide. Quelques mois plus tard, le juge français Jean-Louis Bruguière signe neuf mandats d’arrêts contre des proches de Paul Kagamé. Selon le juge, la rébellion Tutsie du FPR (le Front patriotique rwandais) est engagée dans l'attentat qui a déclenché le génocide. En 1994 c’est Paul Kagamé qui dirigeait le FPR...
_ Le surlendemain, Le 24 novembre 2006 le Rwanda rompt officiellement ses relations diplomatiques avec la France. Elles ne reprendront officiellement que fin 2009.

"Se tourner vers l’avenir sans pour autant oublier le passé"

Cette première visite d’un président français dans le pays depuis 1994 est hautement symbolique. Alors des symboles il y en aura…Un principalement. Une courte cérémonie au mémorial du génocide. C’est là que gisent les corps de 250.000 victimes. Pas de discours de Nicolas Sarkozy ; pas d’excuses non plus, réclamées pourtant par des familles de victimes.

Cette question des excuses ne devrait plus empoisonner les relations entre les deux pays. La France remarque que Paul Kagamé "n’a rien demandé de tel". Nicolas Sarkozy n’est, pour sa part, pas un adepte de la repentance. A Paris on souligne d’ailleurs que le Président de la République s‘est déjà exprimé sur l’attitude de la France en 1994. "Il y a eu une responsabilité collective de la communauté internationale" qui n’a pas su intervenir pour empêcher le génocide et que " la France a eu sa part" de responsabilité. Déclaration faite en 2007 après une rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagamé en marge d’un sommet Europe-Afrique.

L’objectif affiché par l’entourage de Nicolas Sarkozy : "se tourner vers l’avenir sans oublier le passé". Pour explorer ces 16 années d’histoires troubles les délégations françaises et rwandaises devraient discuter de la proposition faite ce week-end par Bernard Kouchner. Le ministre français des affaires étrangères, qui a des liens forts avec Paul Kagamé, a proposé dans le Journal du Dimanche de créer "une commission d’historiens pour établir ce qui s’est passé alors".

Au programme des discussions de demain aussi, les contours d’un nouveau départ bilatéral entre les deux pays. La France n’oublie pas que la région des Grands lacs a un sous-sol minier riche, notamment à la frontière du Kivu congolais. Nicolas Sarkozy devrait aussi proposer la tenue d’une conférence pour relancer la coopération économique dans la région des Grands lacs. Elle pourrait débuter en mai à l'occasion du sommet Afrique-France.

Baptiste Schweitzer, avec agences

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