La sécurité des personnels, un élément primordial pour les humanitaires

Une équipe de Médecins sans Frontières (MSF) intervient dans un camp de réfugiés maliens au Niger en 2012.
Une équipe de Médecins sans Frontières (MSF) intervient dans un camp de réfugiés maliens au Niger en 2012. (BOUREIMA HAMA / AFP)

Le drame de Kouré rappelle que les travailleurs des ONG sont des cibles. La sécurité est essentielle, quitte à arrêter la mission.

Dans le monde, près de 500 000 personnes travaillent pour des organisations humanitaires. En moyenne, cinq attaques contre des personnels sont enregistrées chaque semaine. Depuis le début de l'année 2020, 74 employés d'ONG ont été tués.

Pour autant l'humanitaire n'est pas plus dangereux qu'il y a vingt ans, estime Mickael Neuman, Directeur d'études au Centre de réflexion sur l'action et le savoir humanitaire (CRASH). Une instance de la fondation MSF. Plus de monde sur le terrain et des zones de la planète qui échappent à toute sécurisation, cela signifie potentiellement plus de dangers .

La récente et dramatique attaque contre les membres d'Acted au Niger laisse à penser que le travail des humanitaires ne peut plus se concevoir que dans un environnement ultra sécurisé. Une vision tronquée qui ne concerne que quelques lieux.

Des bâtiments très protégés

Ainsi des hôpitaux, cibles faciles, sont équipés de pièces sécurisées où le personnel peut se réfugier en cas d'attaque. C'était le cas pour la maternité de Kaboul, gérée par MSF, attaquée le 12 mai dernier par un commando armé. Le personnel a pu mettre à l'abri 70 personnes dans quatre "safe room". Hélas, seize mères, huit accompagnants et une sage-femme ont été tués.

Dans certains pays, la présence sur le terrain passe obligatoirement par une protection armée. MSF y a déjà eu recours lors de ses missions en Afghanistan, en Somalie ou encore en République Centrafricaine.

Négocier sa présence

Mais Mickael Neuman ne veut pas retenir que ces solutions extrêmes. La première mesure n'est pas matérielle et se situe en amont, par une parfaite évaluation de la situation. Pour MSF, la sécurité repose avant tout sur les contacts et les réseaux.

C'est un travail politique, il convient d'abord de montrer que l'action menée est utile. Il faut négocier pour pouvoir travailler, être accepté et créer un espace humanitaire. "Le travail des humanitaires n'a jamais été sacralisé et ce serait dangereux de le croire. Car dans ce cas on ne se protège pas, ou mal. Or, il n'y a que la qualité du travail qui protège."

Mais il reconnaît qu'aujourd'hui l'humanitaire est confronté à une hostilité radicale de groupes "militaro-politiques". Ainsi, l'opposition systématique des groupes islamistes au Sahel rend quasi impossible les missions. C'est la ligne rouge que s'impose MSF. Il ne peut y avoir de passage en force. "Si on ne peut pas négocier sa présence alors on se retire". C'est ce que l'organisation a fait en fermant sa maternité de Kaboul suite à l'attaque du 12 mai.

Adaptation 

Les humanitaires sont formés en amont à la sécurité, mais se fient aussi sur le terrain à l'expertise et la connaissance des personnels déjà sur place. L'emploi de salariés enfants du pays, avec une excellente connaissance du terrain et rompus aux us et coutumes locaux, est également une bonne réponse. Chez MSF 90% des salariés sont des natifs du pays.

En 2016, le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a fait le point sur le niveau de sécurité de ses personnels. Cette année-là, ils ont subi 270 attaques, dont 33 qualifiées de graves. Sans le renforcement des bâtiments ou encore l'usage de véhicules blindés, la présence de l'organisme n'aurait plus été possible dans certains pays comme l'Afghanistan, le Soudan du Sud, précise le rapport. "Dans les régions où les risques d’explosion sont élevés, un ingénieur de structure examine les locaux du HCR pour déterminer si les mesures de protection en place concordent avec le niveau de la menace".

"S'il y a une dégradation de la situation sécuritaire, on révise à la baisse les activités ", précise Mickael Neuman. "On bouge le moins possible, on diminue l'exposition sur le terrain. Fatalement la qualité des projets menés peut s'en ressentir."

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