La corruption freine le développement des économies africaines

L\'ancien président sud-africain devant la haute cour de Durban, le 6 avril 2018. Jacob Zuma est soupçonné de pacte de corruption dans un contrat d\'armement avec la compagnieThalès représentée ici par Christine Guerrier (à droite).
L'ancien président sud-africain devant la haute cour de Durban, le 6 avril 2018. Jacob Zuma est soupçonné de pacte de corruption dans un contrat d'armement avec la compagnieThalès représentée ici par Christine Guerrier (à droite). (NIC BOTHMA / POOL)

La lutte contre la corruption est aujourd’hui au centre des réflexions de la Banque africaine de Développement (BAD). Selon son président, Akinwumi Adesina, elle ferait perdre chaque année 148 milliards de dollars à l'Afrique. La corruption, c’est aussi des routes et des hôpitaux mal construits en raison de matériaux de mauvaise qualité.

La corruption est l’un des freins majeurs au développement du continent africain. Selon l’indice Transparency International, la plupart des pays africains se trouve dans le bas du classement. Elle coûterait à l’Afrique près de 25% de sa richesse chaque année. C’est considérable. Quand on sait que le coût pour éclairer l'Afrique et lui apporter de l'énergie s'élève à 55 milliards de dollars par an, on se rend compte à quel point la corruption affaiblit le continent.

La corruption freine les investissements

"Les gros investissements privés sont freinés par les risques de malversations et de corruption. Les plus petites entreprises sont entravées par les mêmes fléaux qui faussent le jeu de la concurrence", affirme l’OCDE et la BAD dans un rapport commun. Les entreprises, qui ont besoin d'autorisations administratives, sont les plus susceptibles de corruption dans le cadre des appels d’offres relatifs aux marchés publics ou lors des procédures de dédouanement. Autre explication, les bas salaires du secteur public ont pour conséquence d’inciter les fonctionnaires à chercher un complément pour leurs revenus en sollicitant des pots-de-vin.

"Par ailleurs, dans la plupart des économies africaines, les transactions s’effectuent principalement en espèces, ce qui rend plus facile la dissimulation du versement de pots-de vin et plus difficile pour les entreprises d'empêcher et de détecter de tels paiements par la tenue de comptes précis", indique le rapport BAD-OCDE.

L’importance des matières premières dans les économies africaines est un facteur aggravant. Le secteur extractif étant particulièrement sujet aux malversations et à la corruption.

Effets sociaux de la corruption

La corruption dans les affaires peut avoir des effets sociaux dévastateurs. Les pots-de vin une fois payés, les entreprises font en sorte d'en récupérer le coût par la vente de produits de moindre qualité. Les infrastructures peuvent êtres mal exécutées, les routes mal construites, les hôpitaux s'effondrent en raison de l'utilisation de matériaux de mauvaise qualité, les écoles sont sous-équipées. Enfin, les citoyens et les consommateurs africains sont aussi perdants, les biens essentiels devant être achetés à un coût plus élevé.

"Il n’est pas surprenant que 83% des décès dus à l’effondrement de constructions dans les tremblements de terre au cours des 30 dernières années aient eu lieu dans les pays où règne la corruption", affirme Transparency International. Surtout que se livrer à la corruption ne garantit pas l’obtention d’un marché. Une entreprise concurrente disposée à offrir un pot-de-vin plus élevé peut toujours faire basculer l'affaire en sa faveur.

"En conséquence, la corruption peut rapidement conduire, en termes économiques, à une 'course vers le bas', où l'entreprise la moins souhaitable et la plus inefficace peut obtenir le marché", précise le rapport.

Fin de l'impunité

Aujourd’hui, les entreprises encourent des risques judiciaires graves, dont des amendes pénales, des peines de prison à l'encontre de leurs dirigeants et employés et le paiement de dommages et intérêts. Dernière conséquence, mais non des moindres, elles peuvent également être exclues des appels d'offre publics nationaux, ainsi que des marchés de la BAD, de la Banque mondiale et d'autres institutions financières internationales.

Pour autant, fin décembre 2014, 61 entreprises et individus de la région Afrique subsaharienne figuraient sur la liste d'exclusion de la Banque mondiale. Fin mars 2016, ils n’étaient plus que 49 entreprises et individus à apparaître sur cette liste...

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