La cargaison d'armes qui dérange l'Afrique

(Radio France © France Info)

Le "An Yue Jiang" arrivera-t-il à décharger sa cargaison ? Ce cargo chinois, transportant 77 tonnes d'armes envoyées par Pékin au ministère de la défense zimbabwéen, encombre les eaux territoriales africaines. Après avoir été refoulé du port de Durban, en Afrique du Sud, c'est Luanda, en Angola, qui refuse l'accostage du navire.

A Durban, les dockers ont refusé ce week-end de décharger la "cargaison de mort" du cargo. A bord se trouvent en effet trois millions de cartouches pour des AK-47, 1.500 lanceurs de grenades RPG et plus de 3.000 obus de mortiers. Le syndicat de dockers SATAWU a justifié sa décision par le risque de voir le gouvernement d'Harare utiliser ces armes contre son opposition, qui réclame en vain la publication des résultats des élections. En filigrane, les dockers critiquent surtout l'attitude conciliante du président sud-africain Thabo Mbeki envers son homologue zimbabwéen Robert Mugabe, dans la crise qui secoue le pays voisin depuis les élections du 29 mars. A la pression des dockers s'ajoute une décision judiciaire interdisant le transport des armes par voie terrestre.

Exit donc l'Afrique-du-Sud, le "An Yue Jiang" tente sa chance en Angola. Mais hier, les autorités de Luanda annoncent que le navire n'a ni demandé ni reçu l'autorisation d'accoster dans un port angolais. Ce refus intervient alors que les Etats-Unis multiplient les pressions sur les pays de la région pour qu'ils refusent le déchargement. Washington a été très clair avec le Mozambique, la Namibie et l'Angola : autoriser le passage des armes compromettrait leurs relations avec les Etats-Unis.

A Harare, la capitale zimbabwéenne, le porte-parole du parti au pouvoir a défendu, le "droit souverain" du pays d'"acheter des armes de toute provenance légale" pour "se défendre". "Nous n'avons besoin de l'autorisation de personne", a-t-il insisté. A Pékin, le ministère chinois des Affaires étrangères souligne "que la Chine a toujours eu une attitude prudente et responsable pour ce qui est des ventes d'armes, et que l'un des ses principes de base est de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays".

En attendant, le "An Yue Jiang" erre de port en port et il n'est pas impossible qu'il finisse par retourner à son point de départ : les Etats-Unis ont demandé à la Chine de rappeler le navire et de renoncer à de futures livraisons d'armes au Zimbabwe. De son côté, le Premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé qu'il allait faire des propositions pour instaurer "un embargo sur toutes les armes à destination du Zimbabwe", une démarche soutenue par Amnesty International.

Anne Jocteur Monrozier

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