Les Lionnes du Kenya, des femmes massaïs devenues rangers

Elles sont huit, âgées de 18 à 26 ans, et membres de l’IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux.

En première ligne pour conserver la faune et protéger les animaux sauvages contre le braconnage, elles cheminent dans la brousse de village en village. Devenues les premières écogardes du Kenya, elles ont, grâce à leur travail, permis de réduire les disparités entre les hommes et les femmes et obtenu leur autonomie financière.

11 photos de Njeri Mwangi illustrent ce propos.

 

     

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Situé sur la frontière entre la Tanzanie et le Kenya, le Ranch collectif Olgulului-Ololarashi (OOGR) est une vaste région (60 000 hectares) composée des territoires communautaires traditionnels des Massaïs. L’OOGR comprend presque la totalité du parc national d’Amboseli. Il représente à lui seul, 90% des habitats et des corridors migratoires de la faune sauvage ce qui le rend vulnérable à de nombreuses menaces : braconnage, conflits entre humain et faune, trafic d’animaux sauvages… NJERI MWANGI / REUTERS
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"Les Lionnes", la première unité d’écogardes entièrement féminine du Kenya ont rejoint l’OCWR (Olgululului Community Wildlife Rangers) composé d’environ 80 hommes au sein de six bases et d’une unité mobile explique l’IFAW, une ONG dotée du statut consultatif spécial auprès des Nations unies. Après avoir été formées par leurs collèges pendant plusieurs semaines, elles sont chargées de protéger la faune sauvage de l’OOGR dans le cadre du projet tenBoma, un programme de contre-braconnage. Mis en place en 2015 par l’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) en partenariat avec le Kenya Wildlife Service, tenBoma doit permettre de créer un centre interservices de renseignements sur la criminalité faunique.    NJERI MWANGI / REUTERS
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IFAW est une ONG dotée du statut consultatif spécial auprès des Nations unies. L'idée d'un groupe d’écogardes entièrement féminin a gagné du terrain lorsque l’OOGR a commencé à travailler avec l’IFAW. "Avec cette initiative, nous souhaitons non seulement responsabiliser les femmes maasaïs pour qu’elles participent activement à la sécurisation des habitats et la surveillance de la faune sauvage, mais aussi combler l’écart entre les sexes dans le secteur de la conservation", déclare Azzedine Downes, président-directeur général de l’IFAW, au journal People Daily de Nairobi cité par le magazine "adf"(Africa Defense Forum).       NJERI MWANGI / REUTERS
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Après avoir prouvé leur fiabilité, leur discipline et leur intégrité, elles ont été sélectionnées en fonction de leur force physique, de leur capacité à commander et de leurs résultats scolaires. Toutes ont suivi l’équivalent d’un enseignement secondaire américain. Mais elles ont dû faire face aux préjugés de certains gardes forestiers masculins. " Ils pensent que ce travail est réservé aux hommes, alors ils nous découragent en nous disant que ce n'est pas notre place, que nous n'avons pas à le faire en tant que femmes. ", témoigne Purity Amselet Lakara, âgée de 24 ans sur africanews. "Mais maintenant que nous avons prouvé notre compétence, ils nous respectent."      NJERI MWANGI / REUTERS
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L’équipe des Lionnes, composé de huit femmes issues des différentes communautés massaïs a vu le jour en 2017. Une véritable révolution, dans cette société traditionnellement patriarcale. Etre massaï offre l’avantage de pouvoir rentrer plus facilement en contact avec des habitants des villages, parfois furieux quand leur bétail a été attaqué par des animaux sauvages.   NJERI MWANGI / REUTERS
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Au quotidien, la mission des rangers consiste à signaler les activités suspectes ou illégales, à sensibiliser les communautés locales à la protection des animaux. Grâce à leurs connaissances, elles peuvent dire aux villageois : "Attention, vous tuez ce lion, vous tuez votre avenir." Une des rangers explique à l’IFAW : "Nous encourageons les gens à prendre soin des animaux, car dans notre communauté, si un lion entre dans un boma (village,domaine NDLR) ou dans notre village, les habitants le chassent et le tuent. Nous les encourageons donc à voir et à comprendre l’importance des animaux."    NJERI MWANGI / REUTERS
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Quand elles effectuent des patrouilles parfois de 20 km pour visiter les communautés locales, les Lionnes sont confrontées à de nombreux dangers. L’une d’elles raconte à Reuters : "Il y a quelques semaines, pendant notre patrouille, nous sommes tombées sur des gens qui massacraient une girafe". Une autre fois, les femmes, qui patrouillaient sans armes, ont capturé deux hommes armés d'arcs et de flèches et les ont remis aux rangers du Kenya Wildlife Service. A une autre occasion, l’unité a été chargée par un buffle dont les cornes peuvent causer des blessures mortelles.    NJERI MWANGI / REUTERS
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Dans la brousse, elles enregistrent les coordonnées GPS des animaux et repèrent les dangers comme les collets ou toute activité suspecte le long des chemins. "Je prends soin des animaux sauvages, en m’assurant qu’ils sont en sécurité", déclare l’une d’elle à l’IFAW. "C’est important parce que les animaux sont comme nous. Ils doivent être en sécurité comme nous. Nous en bénéficions car les touristes viennent ici pour voir des animaux sauvages." Le tourisme fournit près de 10% du PIB du Kenya, avec 2,5 millions de touristes en 2019.  NJERI MWANGI / REUTERS
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Mais quand le Kenya a confirmé en mars son premier cas de coronavirus, le tourisme a totalement chuté et de nombreuses personnes ont perdu leur emploi. Certains se sont tournés vers le braconnage et la viande de brousse. Plutôt que de rentrer dans leurs villages, les Lionnes qui était déjà en patrouille dans la brousse ont choisi d’y rester pendant quatre mois pour ne pas laisser les animaux en danger.    NJERI MWANGI / REUTERS
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Mais en plus de soutenir les opérations de protection de la faune, une grande partie de leur mission est d’échanger avec les femmes massaïs, de collecter des informations et les transmettre au Service national de la faune du Kenya. Les femmes dans les villages du Kenya sont profondément connectées à leurs communautés et à leurs terres, ce qui en fait des actrices clés. Elles disposent de connaissances privilégiées et pouvoir rencontrer une femme écogarde massaï, les réconforte. Elles transmettent les informations plus librement. Une écogarde déclare au Guardian : "Elles sont nos mères."      NJERI MWANGI / REUTERS
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Les huit jeunes écogardes en défiant les normes sociales contraignantes de leur communauté créent de nouvelles opportunités pour les femmes. Avant elles, aucune ne bénéficiait d’un emploi rémunéré. En moyenne, les jeunes filles massaïs quittent l’école vers 10 ans. Même celles qui font des études supérieures n’ont, pour la plupart, aucune opportunité de rechercher un emploi et de trouver une indépendance financière. Aujourd’hui, l’équipe des Lionnes ouvre une nouvelle voie pour les femmes au Kenya. Cette initiative a fait tomber les barrières.    NJERI MWANGI / REUTERS
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