Colère de Taïwan après de nouvelles expulsions du Kenya vers la Chine

Chen Ting-fei, députée du Parti démocrate-progressiste (DPP), à Taipei le 12 avril 2016. 
Chen Ting-fei, députée du Parti démocrate-progressiste (DPP), à Taipei le 12 avril 2016.  (SAM YEH / AFP )

Cinq Taïwanais, accusés de cybercrime au Kenya, ont été acquittés, le 7 août 2016, puis expulsés vers la Chine, ravivant la colère de Taipei. Déjà en avril, Nairobi avait expulsé 45 ressortissants de l'île vers la Chine, suscitant la colère de Taïpei. La Malaisie a, elle aussi, aussi expulsé en Chine populaire 32 suspects taïwanais dans une affaire de fraude aux télécoms, ainsi que le Cambodge.


Le Kenya n'a pas tenu compte de l'avis d'Amnesty international. L'organisation de défense des droits humains avait pourtant appelé Nairobi à veiller à ce que les Taïwanais soient bien reconduits à Taïwan et non pas en Chine, pays qui les priverait d’un procès équitable. Les cinq Taïwanais acquittés ont bien été envoyés en Chine à bord d'un vol qui a quitté le Kenya vers minuit ont confirmé des responsables taïwanais, le 7 août.

Arrêtés en 2014, ils étaient soupçonnés, ainsi que 35 Chinois du continent, d'appartenir à un réseau de cybercriminalité et d’avoir utilisé illégalement des équipements de télécommunication. Tous avaient plaidé non coupables et été maintenus en détention provisoire. Selon une source kényane, les 35 citoyens chinois acquités pourraient être poursuivis en Chine.

Pékin fait «illégalement» pression sur le Kenya
Taïwan accuse Pékin d'enlever ses ressortissants et de faire «illégalement» pression sur le gouvernement kényan. «Nous exprimons notre vive protestation auprès du gouvernement kényan», a déclaré dans un communiqué le ministère taïwanais des Affaires étrangères. «Nous regrettons que les autorités kényanes cèdent aux pressions de la Chine et envoient de force cinq suspects de notre pays en Chine.»

Le Conseil des affaires continentales, l'organisme taïwanais chargé de la politique vis-à-vis de Pékin, a annoncé qu'il avait également protesté auprès du gouvernement chinois. «La partie chinoise n'a pas tenu compte de nos appels répétés contre la déportation de nos citoyens en Chine et blesse le peuple taïwanais», a-t-il indiqué dans un communiqué.

Les Taïwanais expulsés poursuivis en Chine
Début avril, le ministère chinois de la Sécurité publique avait déclaré, début avril, que les organes judiciaires de la Chine continentale avaient «de façon légale, juridiction pour traiter du cas» des Taïwanais expulsés.

Les 45 ressortissants de l'ancienne Formose impliqués au Kenya dans une vaste fraude électronique, ont tous «reconnu leur culpabilité» avait à l'époque déclaré, le chef adjoint du bureau d'enquête criminelle du ministère chinois. «Ils feront l'objet d'une enquête et seront poursuivis conformément à la loi de Chine continentale», avait-il ajouté. Quelques semaines après, fin avril, c'était au tour de 32 autres Taïwannasi, soupçonnés de fraudes aux télécoms, d'être expulsés de Malaisie vers la Chine.

Pékin-Taïpei: des relations historiquement tendues
Certains observateurs voient dans cette affaire des expulsions vers la Chine une manoeuvre de Pékin pour intimider la nouvelle présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, issue du DPP, parti démocrate progressiste qui défend des positions indépendantistes. Les liens politiques entre Pékin et Taïpei s'étaient ressérés ces dix dernières années sous l'influence du Kuomintang (KMT) au pouvoir, qui a mené une politique plus conciliante à l'égard de la Chine continentale. Cette dernière considère Taïwan comme une partie de la Chine et n'abandonne pas l'idée d'une réunification. L'île suit sa propre destinée depuis 1949, fin de la guerre civile entre les deux territoires. Depuis, les relations entre Pékin et Taipei sont restées tendues. 
Vous êtes à nouveau en ligne