Attentat du 15 janvier à Nairobi : une piste kényane ?

15 janvier 2019 : les forces de sécurité kényanes aident des personnes à s\'échapper après l\'explosion d\'une bombe à l\'hôtel \"DusitD2\" de Nairobi, au Kenya.
15 janvier 2019 : les forces de sécurité kényanes aident des personnes à s'échapper après l'explosion d'une bombe à l'hôtel "DusitD2" de Nairobi, au Kenya. (KABIR DHANJI / AFP)

L’enquête menée au Kenya sur l’attaque qui a fait 21 morts semble montrer que celle-ci est différente des précédentes sur le territoire. Il apparaît en effet que ce sont des acteurs kényans qui ont opéré et pas forcément des shebab venus de la Somalie voisine.

Contrairement aux deux autres attaques d'envergure menées dans le pays par les shebab – contre le centre commercial Westgate en 2013 (67 morts) et l'université de Garissa en 2015 (148 morts) , préparées en Somalie, "cet incident porte la marque d'une planification locale", notamment "par des suspects qui se sont convertis", a assuré à l'AFP un haut responsable policier kényan, sous couvert de l'anonymat. 

Si de nombreuses zones d'ombre subsistent, très vite sont apparus dans l'enquête des profils et des lieux qui diffèrent des opérations menées au Kenya dans le passé par les islamistes shebab, un mouvement somalien affilié à Al-Qaïda.

Avènement d'une génération d'islamistes radicaux kényans

Au cœur de l'enquête sur l'attaque djihadiste qui a fait 21 morts à Nairobi le 15 janvier 2019, on trouve le cerveau présumé Ali Salim Gichunge, fils de soldat, et sa complice Violet Kemunto Omwoyo, chrétienne convertie à l'islam. Ils attestent, selon certains analystes, l'avènement d'une génération d'islamistes radicaux kényans.

Ali Salim Gichunge, ce fils de militaire de l'armée kényane, âgé d'environ 23 ans selon les enquêteurs, est originaire du comté d'Isiolo (centre) et porte un nom kikuyu, l'ethnie la plus importante du pays. Sa complice Violet Kemunto Omwoyo est quant à elle issue du comté de Kisii, dans l'ouest. 

Les deux fugitifs, bien loin du stéréotype du shebab issu de l'ethnie somali ou de la côte kényane, ont partagé une cache à Ruaka, une commune du nord-ouest de Nairobi jamais associée par le passé à l'islamisme radical. La police y a retrouvé "un énorme trou creusé dans une des chambres" dans lequel des armes à feu avaient été dissimulées.  

"La Somalie reste l'épicentre du mouvement shebab"

Pour autant, l'enquête révèle également des profils similaires à ceux d'auteurs de précédentes attaques : parmi les cinq assaillants, tous morts durant l'opération, au moins trois sont des Kényans somali. Les armes qu'ils ont utilisées auraient par ailleurs été acheminées depuis la Somalie via le comté de Lamu, où ce groupe islamiste a depuis longtemps une forte présence, selon des sources policières.

"La Somalie reste l'épicentre du mouvement shebab", qui a juré la perte du gouvernement de Mogadiscio, rappelle Matt Bryden, fondateur du think tank Sahan, basé à Nairobi, soulignant que c'est dans ce pays que les shebab mènent le plus d'attaques.

Selon ce think tank, "nous avons ici affaire à une génération de shebab kényans qui arrive à maturité et qui vient de prouver qu'elle est désormais capable d'organiser des opérations d'une certaine complexité".

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