Attaque de Nairobi : les shebab somaliens ciblent le Kenya, leur ennemi juré

Des clients fuient le complexe hôtelier attaqué à Nairobi au Kenya, le 15 janvier 2019.
Des clients fuient le complexe hôtelier attaqué à Nairobi au Kenya, le 15 janvier 2019. (SIMON MAINA / AFP)

L’attaque d’un complexe hôtelier, le 16 janvier à Nairobi au Kenya (21 morts), a rappelé la puissance du groupe terroriste Al-Shabab. Apparu dans les années 90 en Somalie, suite à la chute du régime militaire de Siad Barre, il sévit désormais sur tout l’Est africain jusqu’au Mozambique. Le point sur un mouvement islamiste parmi les plus intransigeants de la planète.

Au départ, c’était un groupe de combattants islamiques à la tête de l’insurrection armée en Somalie. En 1991, le régime du dictateur Siad Barre s’effondre, faisant place au chaos. Le pays est livré aux seigneurs de guerre et la guerre civile éclate. Les institutions somaliennes reconnues par la communauté internationale sont en exil au Kenya. Elles n’ont aucun contrôle sur le pays. "Plus de vingt années de guerre civile et l’absence de structures étatiques y ont créé une situation propice au développement du terrorisme international incarné par le groupe Al-Shabab, affilié à Al-Qaida", explique le Quai d’Orsay sur son site.

Au début des années 2000, les shebab multiplient les succès militaires. Ils occupent même la capitale Mogadiscio, obligeant l’armée éthiopienne venue remettre de l’ordre, à se retirer du pays en 2008. Puis les shebab se radicalisent, leur islam devenant de plus en plus intransigeant. Les femmes accusées d’adultère sont lapidées, on coupe désormais les mains des voleurs. Le groupe se lie à Al-Qaïda et lui prête allégeance en 2010. La réputation des shebab grandit, ils attirent dans leurs rangs des Somaliens de la diaspora, mais aussi des combattants étrangers sensibles au message.


Pourtant, l’heure des revers militaires sonne enfin. Les shebab perdent leurs fiefs de Mogadiscio (2011), puis de Baïdoa et le port de Kismaayo (2012). Ils se replient dans les zones rurales. Mais loin d’en être débarrassée, la Somalie sombre dans le terrorisme. En 2017, les combattants signent un nouvel attentat, le plus meurtrier de l’histoire du pays. Le 14 octobre, l’explosion d’une voiture piégée fait 358 morts. Par ces attentats, les shebab tentent d’empêcher l’émergence d’une solution au conflit somalien, dont ils seraient absents. Seul un Etat islamique à la Daech aurait un sens pour eux.

Le projet sociétal

"C’est une organisation politico-militaire, ce n’est pas simplement un groupe d’hystériques qui veulent tuer des gens en se faisant sauter. Ils ont un projet politique, un projet d’Etat pour la Somalie qui a des résonnances au sein de la population" expliquait à Géopolis Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri).

Ceci explique certainement l’ancrage du mouvement dans la population. Aux yeux de beaucoup d’habitants, les shebab sont le dernier embryon d’Etat en Somalie. Du reste, dans les zones sous leur contrôle, la justice sociale semble de mise.

L’extension du conflit aux voisins

Progressivement, le Kenya mitoyen est devenu l'une des cibles préférées des terroristes. Suite à l’intervention des troupes kényanes fin 2011 en Somalie, on dit les shebab obsédés par l’idée de vengeance. Les soldats kényans étaient alors à la poursuite de miliciens d’Al-Shabab accusés d’avoir enlevé des touristes au Kenya.


Depuis, attentats et raids de représailles se succèdent. Attaque contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 (67 morts), attaque contre l’université de Garissa en 2015 (152 tués), pour ne parler que des plus sanglantes. A l’été 2017, selon le journal Libération, près d'un village kényan est attaqué par semaine.

Le Kenya participe à la lutte contre le djihadisme en Somalie et paye chèrement cette contribution. Certains voient dans cette présence la volonté de faire du Sud somalien une zone tampon. Aux yeux des shebab, il s’agit d’une force d’occupation.

Le Mozambique aussi

On ne connaît pas clairement les liens qui unissent les shebab somaliens à de jeunes musulmans mozambicains. Mais les attaques sanglantes se multiplient au nord du pays, à la frontière de la Tanzanie. Du bout des lèvres, le pouvoir reconnaît une implantation de l’extrémisme musulman. Rien ne prouve que les islamistes somaliens soient derrière les attaques souvent sanglantes de ces jeunes. Pour autant, le message idéologique est passé. Dans cette région oubliée du pouvoir central, la pauvreté fait le lit de l’islamisme.

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