Human Rights Watch dénonce les expulsions répétées d’habitants à Conakry

Lors du glissement de terrain en août 2017, les autorités sont intervenues dans le quartier Dar-es-Salam de Conakry. Des maisons ont alors été rasées. Cette fois, selon Human Rights Watch, 385 bâtiments ont été détruits
Lors du glissement de terrain en août 2017, les autorités sont intervenues dans le quartier Dar-es-Salam de Conakry. Des maisons ont alors été rasées. Cette fois, selon Human Rights Watch, 385 bâtiments ont été détruits (CELLOU BINANI / AFP)

Dans la capitale de la Guinée, des milliers d'habitants se retrouvent sans toit après la destruction de leur logement par les autorités. Ils vivent dans des zones que le gouvernement veut réaménager.

En Afrique, on appelle cela des opérations de déguerpissement, entendez des expulsions ! Il s’agit de forcer des habitants à quitter les lieux. Alors les pouvoirs publics utilisent la manière forte, pelleteuses et bulldozers rasent en un rien de temps les constructions de quartiers souvent informels. C’est une opération qui se répète à Conakry, en Guinée. Les dernières destructions en date, à la mi-2019, sont dénoncées par Human Rights Watch (HRW), qui parle de 20 000 personnes expulsées et d’au moins 2500 bâtiments détruits en trois mois.

Dans le quartier Dar-es-Salam, les pouvoirs publics mettent en avant des mesures de sécurité. Dar-es-Salam est en fait une immense décharge, où en 2017 neuf personnes avaient trouvé la mort lors de glissements de terrain. Déjà à l’époque, le gouvernement avait rasé des maisons. Cette fois, selon Human Rights Watch, 385 bâtiments ont été détruits. Ici, il ne s’agit pas de cabanes, mais de véritables constructions en dur.

Reportage Human Rights Watch

Du coup, la population se retrouve à la rue, dans l’indifférence des pouvoirs publics. "Le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire a indiqué que les habitants avaient d’autres propriétés où ils pouvaient vivre ou bien étaient en mesure d’emménager dans leur famille élargie", écrit HRW. Or, l’ONG a rencontré des personnes vivant dans des abris précaires sous des bâches, au milieu des ruines.

Le ministère de la Ville et de l’Aménagement nie l’ampleur des destructions. Moins de 100 familles ont été impactées selon Mohamed Mahama Camara, Secrétaire général du ministère. Mais suite à des analyses d’images satellites, HRW avance le nombre de 2500 bâtiments démolis dans les quartiers de Kaporo Rails, Kipé et Dimesse. Une immense zone, entourant l’ambassade des Etats-Unis et le siège de la radio-télévision, a été dégagée.

Le gouvernement prévoit en effet de réaménager cette zone. "Le centre directionnel de Koloma, qui est un domaine réservé de l’Etat, doit être viabilisé pour accueillir l’administration publique, le centre des affaires", explique le ministre de la Ville Ibrahima Kourouma. "Ceux qui sont installés savent que c’est un domaine foncier de l’Etat. Mais comme on faisait fi, chacun est venu s’installer de façon illégale".

Une analyse que tout le monde ne partage pas. Selon Human Rights Watch, des habitants dont la maison a été détruite affirment posséder des titres de propriété. En fait, un décret pris en 1989 a "nationalisé" le secteur. Après cette date, toute installation était de facto illégale. Mais pour ceux pouvant justifier de titres de propriété, l’expulsion doit être indemnisée selon le décret.

L’ONG dénonce des méthodes contraires aux principes de base des Nations unies concernant les expulsions. Les habitants ont bien plaidé leur cause devant la justice. La procédure est en appel, et les habitations déjà rasées…

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