Sénégal : une économie en plein boom, qui ne suffit pas à faire reculer la pauvreté

Affiche du président sortant Macky Sall dans une rue de Dakar. Le premier tour de l\'élection présidentielle se déroule le dimanche 24 février 2019.
Affiche du président sortant Macky Sall dans une rue de Dakar. Le premier tour de l'élection présidentielle se déroule le dimanche 24 février 2019. (SEYLLOU / AFP)

Croissance économique au-dessus de 6% depuis 4 ans, forte rente pétrolière en perspective, paix en Casamance, tout semble sourire à Macky Sall, candidat ce dimanche 24 février 2019 à un second mandat. Le président sortant compte sur la "bonne santé" de l’économie sénégalaise pour assurer sa réélection. "La croissance ne se mange pas", rétorque l'opposition. 

"Le Sénégal est engagé sur la voie de l'émergence économique", assure le président Macky Sall qui ne passe pas un mois sans inaugurer une route, un pont, un aéroport ou un tramway.

Le président sénégalais se veut avant tout un président bâtisseur, avec le pont Farafenni sur le fleuve Gambie qui a largement désenclavé la Gambie et surtout la Casamance qui est désormais à 8 heures de Dakar en voiture. Mais aussi un nouveau tramway entre Dakar et Diamniadio, une ville nouvelle construite à 32 km de Dakar pour désengorger la capitale sénégalaise.

Macky Sall a bénéficié il est vrai de nombres de chantiers initiés par ses prédécesseurs, comme le nouvel aéroport international Blaise Diagne ou l’autoroute urbaine de Dakar.

L'opposition rétorque que « la croissance ne se mange pas » et lui reproche d'aggraver l'endettement du pays par ces projets dispendieux. La dette du pays est passé de 40% du Pib en 2012 à 61% en 2018. 

« Président libéral » Macky Sall, a également multiplié les réformes : début de décentralisation, réduction de la durée du mandat présidentiel à cinq ans, lutte contre la corruption dans l’administration, réforme du code minier.

En 2017, le Sénégal a produit 2,4 millions de tonnes de phosphate, son principal produit minier, et veut devenir le 4e producteur mondial de zircon, à l’horizon 2023, avec un rendement annuel de 90 000 tonnes. En outre, le pays à de grandes ambitions pour sa production d’or.

Un futur exportateur d’hydrocarbures

Depuis la première grande découverte de pétrole en août 2014, le Sénégal est devenu l’un des pays de la région les plus prometteurs pour la production d’hydrocarbures.

Le Sénégal est classé sixième meilleure destination africaine pour l’investissement par l’organisation African Oil and Power. Mais moins de 10% des recettes pétrolières partiront dans les caisses de l'Etat, 90% iront aux grand majors du secteur.  

Le pays espère toutefois encaisser 16 800 milliards de FCFA (à peu près 26 milliards d'euros) sur les 30 années qui suivront le démarrage de la production de pétrole attendue en 2021. Un code pétrolier est en cours d’élaboration pour permettre une redistribution juste de la manne pétrolière et ne pas tomber dans malédiction des matières premières.

Le Sénégal a la chance d’avoir diversifié son économie avant d’avoir découvert du pétrole le long de ses côtesLe géologue Fary Ndaoauteur de "L'or noir du Sénégal"

Le gouvernement n’a pas pour autant délaissé l’agriculture. Suivant le chemin tracé par son prédécesseur Abdoulaye Wade, le gouvernement de Macky Sall a poursuivi l’aménagement des rives du fleuve Sénégal.

Entre 2014 et 2018, la production de riz paddy dans la vallée du fleuve Sénégal a plus que doublé. Du côté de l’arachide, première culture d’exportation du pays, la récolte est passée de 670 000 tonnes, en 2014, à 1,4 million de tonnes en 2017. L’agriculture occupe encore 60% de la population active et compte pour près de 17% du PIB sénégalais. Mais le riz de qualité est exporté et profite moins aux paysans qu'aux grands commerçants de la place. Et l'embellie économique creuse les écarts de revenus, plus qu'il ne réduit la pauvreté.  

Désenclavement de la Casamance

La grande réussite de Macky Sall semble être la paix et la croissance économique retrouvées en Casamance. Aidée par l’inauguration, le 21 janvier 2019, d’un pont sur le fleuve Gambie qui a totalement désenclavé la province rebelle.

Le gouvernement sénégalais a créé une "Zone touristique spéciale de la Casamance", qui vise à promouvoir l’investissement et la création d’emplois. A cela s’ajoute la construction de la route Djembering-Cap-Skirring et divers projets sociaux, comme la création de centres de santé et de maternités.

Croissance retrouvée

Alors qu’il se présente aux suffrages pour un nouveau mandat, Macky Sall peut se targuer d’une croissance supérieure à 6% depuis 2015, aidé en cela par de bonnes saisons des pluies. Alors qu’à son arrivée au pouvoir, les effets négatifs de la sécheresse avaient fait tomber le taux de croissance à son plus faible niveau dans l’histoire du pays avec 1,8%.

La relance de l’économie s’est traduite, selon la Banque mondiale, par un léger recul de la pauvreté et une amélioration du système de santé. En revanche, le pays est toujours aussi mal classé en matière d'indice de développement humain. Il est même passé du 155e rang en 2011 à la 164e place en 2018 (sur 189 pays). La forte croissance ne se traduit pas encore dans une nette amélioration du quotidien des Sénégalais ni en termes de réduction des inégalités.

Selon l’opposition, le gouvernement n’a pas choisi les bonnes priorités : "Les préoccupations premières des Sénégalais restent l’eau, l’électricité, l'éducation et la santé."

Lors de son élection en 2012, Macky Sall avait promis de relancer l’économie sénégalaise, de moderniser le pays, de faire la paix en Casamance et de favoriser un meilleur accès aux soins. Des objectifs en grande partie atteints, même si son bilan est quelque peu terni par un jeu politique rétrograde qui a consisté à empêcher ses principaux concurrents de se présenter contre lui.

Malgré ce, toutes les conditions semblent réunies pour la reconduction du président Macky Sall à la tête du pays.

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