Au Gabon, que penser des "vacances agricoles" parrainées par la première dame Sylvia Bongo ?

Sylvia Bongo accompagnée de son mari, le président gabonais Ali Bongo, à Port-Gentil, le 29 février 2016.
Sylvia Bongo accompagnée de son mari, le président gabonais Ali Bongo, à Port-Gentil, le 29 février 2016. (STEVE JORDAN / AFP)

Pour la deuxième année consécutive, le ministère de l'Agriculture gabonais a lancé cet été un programme de "retour à la terre" pour les jeunes du pays. Si l'initiative semble louable, son parrainage par l'épouse du président Ali Bongo suscite néanmoins quelques interrogations.

Le programme est lancé pour la première fois dans le pays à l'été 2018. Les "vacances agricoles", nom du projet, cherchent à susciter de nouvelles vocations vertes chez les jeunes et revaloriser le secteur agricole gabonais. Et si le programme était placé sous le haut patronage du président Ali Bongo Ondimba l'année dernière, il est cette fois-ci parrainé par son épouse, Sylvia, qui a souhaité superviser le projet.

Ce sont ainsi 5000 jeunes de 8 à 22 ans, qui vont travailler cet été sur différents sites agricoles du Gabon et se familiariser avec les bases de l'agriculture. Accompagnés de 300 professionnels, ils y apprendront les techniques d'élevage, de maraîchage (préparation du sol, semis en pépinière, suivi de la croissance de plants et de récoltes) et la transformation de produits agricoles.

A travers ces exercices pratiques, les vacanciers agricoles vont être amenés à comprendre les différentes étapes pour la croissance et la transformation des produits agricolesBiendi Maganga-Moussavou, ministre de l’Agriculture gabonais

Une image contrôlée et étudiée

Le Gabon dispose d’importants atouts naturels pour le développement de sa production agricole, même si l'agriculture ne contribue que marginalement à l'économie du pays, ce dernier étant toujours très dépendant des importations extérieures. Ces vacances agricoles s'inscrivent ainsi dans une volonté plus large du gouvernement de revaloriser l'agriculture et de pousser tant les jeunes que les femmes à faire un retour à la terre.

"C’est important pour que les populations puissent se nourrir, s’autoalimenter avec leurs parcelles de potagers (…), il faut encourager, c’est très important économiquement", a déclaré Sylvia Bongo, au début de la deuxième édition du programme, le 8 juillet dernier.

Si l'initiative semble des plus positives, la mise sous les projecteurs de Sylvia Bongo à l'occasion de ce projet social peut laisser dubitatif. En effet, depuis la convalescence de son mari, victime d'un grave accident vasculaire cérébral en octobre 2018, l'image du couple présidentiel sur la scène médiatique est particulièrement contrôlée et étudiée. Et suscite des réactions méfiantes dans et en dehors de la société gabonaise, alors qu'Ali Bongo, affaibli, essaye, malgré un pouvoir extrêmement fragilisé, de rester à la barre du pays.

Une personnalité ambivalente

La première dame gabonaise est, de son côté, accusée par la famille d'Ali Bongo d'avoir dernièrement voulu prendre les rênes du pouvoir en l'absence de son mari et d'avoir tenté d'asseoir son influence au sein de l'Etat. 

Femme moderne et engagée pour certains, dévouée à son pays et généreuse pour d'autres, elle est impliquée dans de nombreuses actions philanthropiques saluées par la communauté internationale, qui lui ont entre autres valu de devenir Commissaire, membre de la Commission Onusida en 2013.

Sylvia Bongo semble en tout cas être une personnalité ambivalente, dont il est bien difficile de connaître les réelles motivations, tant la gestion de son image semble verrouillée et sous contrôle.

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