Réunie à Addis Abeba, l'Union africaine voudrait faire taire des armes "de plus en plus bruyantes" sur le continent

Des combattants libyens pro-GNA (Gouvernement d\'union nationale soutenu par l\'ONU) lancent une contre-attaque, le 20 avril 2019, contre les forces rebelles du maréchal Haftar au sud de la capitale Tripoli.
Des combattants libyens pro-GNA (Gouvernement d'union nationale soutenu par l'ONU) lancent une contre-attaque, le 20 avril 2019, contre les forces rebelles du maréchal Haftar au sud de la capitale Tripoli. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Le sommet annuel de l'organisation panafricaine, qui doit se dérouler les 9 et 10 février 2020 en Ethiopie, en présence des chefs d'Etat et de gouvernement des 55 membres de l'UA, a pour objectif de "faire taire les armes".

Il y a sept ans, lors des célébrations du cinquantième anniversaire de l'Union africaine (UA), les dirigeants du continent avaient déjà promis de "mettre un terme à toutes les guerres en Afrique d'ici à 2020". On est loin du compte. Des progrès ont certes été enregistrés dernièrement en Centrafrique ou au Soudan mais, du Cameroun au Mozambique, de nouvelles crises sont venues s'ajouter à celles qui déchirent déjà des pays comme la Libye ou le Soudan du Sud. S'adressant le 6 février 2020 aux ministres africains des Affaires étrangères, le président de la Commission de l'UA Moussa Faki a dressé un portrait peu flatteur de la situation en Afrique, du Sahel à la Somalie, assurant que l'objectif manqué de 2020 révélait "la complexité de la problématique sécuritaire en Afrique". Le thème sera au centre des débats du sommet de l'UA réuni à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, les 9 et 10 février.

"La promotion d'une Afrique sûre et en paix"

Estimant que "les armes sont de plus en plus bruyantes", Solomon Dersso, chef de l'organe de l'UA en charge des droits de l'Homme, s'est montré un brin ironique dans un éditorial publié par le journal sud-africain Mail&Guardian : "Cela ressemble à un pied de nez au thème de l'année."

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui succède à l'Egyptien Abdel Fattah al-Sissi à la tête de l'UA dans le cadre de la présidence tournante, semble conscient de la difficulté de la tâche. Dans un discours fin janvier, il a rappelé que les conflits "continuent de limiter" le développement de l'Afrique, estimant que les objectifs d'intégration économique et de lutte contre les violences faites aux femmes "passent par la promotion d'une Afrique sûre et en paix".

D'autres responsables insistent sur la nécessité de s'attaquer aux causes profondes des conflits, en particulier aux raisons socio-économiques et politiques.

La position ambivalente de l'UA sur le conflit libyen

Pour renforcer la pertinence de son objectif 2020, l'organisation africaine souhaite s'affirmer sur plusieurs dossiers et tente notamment de peser davantage dans la résolution du conflit en Libye, pays plongé dans le chaos depuis 2011.

En amont d'une conférence à Berlin en janvier, une porte-parole de M. Faki s'était plainte du fait que l'UA avait "systématiquement été ignorée" sur le dossier libyen, géré principalement par l'ONU. Mais les efforts de l'UA concernant la Libye ont aussi été minés par ses propres dissensions internes remontant à 2011, lorsque les membres africains du Conseil de sécurité de l'ONU avaient approuvé une intervention militaire et que le Conseil de paix et de sécurité de l'UA, lui, s'y était opposé.

Une source nigérienne a expliqué récemment que l'UA était "divisée", soulignant par exemple que l'Egypte – un poids-lourd du continent et soutien du maréchal Haftar, l'homme fort de l'Est libyen "ne veut pas que l'UA se charge de ce dossier". Pour expliquer le manque de poids de l'UA dans le règlement du conflit libyen, Shewit Woldemichael, un chercheur de l'Institute for Security Studies, note par ailleurs que "la crise en Libye (...) a été présentée comme une crise qui se déroule aux portes de l'Europe, et qui nécessite une réponse directe des pays européens".

Ramaphosa doit s'impliquer "au-delà de la rhétorique"

L'autre conflit auquel M. Ramaphosa entend s'atteler est celui au Soudan du Sud. Un accord de paix a été conclu en 2018, sous l'égide de l'organisation est-africaine Igad (Autorité intergouvernementale pour le Développement), mais la formation d'un gouvernement d'union nationale, sans cesse repoussée, n'a toujours pas eu lieu. Début février, le président sud-soudanais Salva Kiir a rencontré M. Ramaphosa en Afrique du Sud pendant que, de son côté, le vice-président sud-africain David Mabuza joue un rôle actif dans les négociations sur la formation du gouvernement.

"C'est une opportunité pour M. Ramaphosa de démontrer son intérêt à s'atteler à ces questions, au-delà de la rhétorique de ses déclarations publiques", juge Piers Pigou, consultant pour l'Afrique australe pour le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). Pour Pretoria, la présidence de l'UA coïncide d'ailleurs avec un siège temporaire au Conseil de sécurité de l'ONU qui lui donne la possibilité de faire entendre la voix du continent sur la scène mondiale. L'Afrique du Sud aurait donc toutes les cartes en main.

Mais, car il y a un mais, dans un rapport publié à la veille du sommet d'Addis Abeba, l'ICG estime que M. Ramaphosa sera sans doute obligé de jongler avec les sensibilités de dirigeants africains, lesquels "semblent de nos jours plus réticents aux promesses de paix collectives". A ce compte-là, l'union fait-elle toujours la force ?

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