Refoulés d'Arabie saoudite, les migrants éthiopiens sont abandonnés chez eux

Des migrants déportés d\'Arabie saoudite attendent dans le hall de l\'aéroport d\'Addis Abeba, le 22 décembre 2017. Aujourd\'hui encore, rien n\'est prévu pour aider leur retour au pays.
Des migrants déportés d'Arabie saoudite attendent dans le hall de l'aéroport d'Addis Abeba, le 22 décembre 2017. Aujourd'hui encore, rien n'est prévu pour aider leur retour au pays. (MULUGETA AYENE/AP/SIPA / AP)

Dans son dernier rapport, l'ONG Human Rights Watch revient sur le sort des Ethiopiens expulsés d’Arabie saoudite. Ils sont allés y chercher du travail, après avoir bravé les pires difficultés et souvent côtoyé la mort. Ils retournent chez eux avec leurs vêtements pour tout bagage.

Chômage, difficultés économiques, sécheresse, violation des droits de l’Homme, au cours de ces dernières années, les occasions n’ont pas manqué aux Ethiopiens d'aller voir ailleurs si la vie était meilleure. Et dans la région de la Corne de l’Afrique, l’opulent royaume d’Arabie saoudite et ses voisins du golfe, jouent le rôle de miroir aux alouettes. Alors, ils prennent la mer et se lancent à l’aventure. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 55 000 migrants auraient fait le trajet depuis le début de l'année 2018. Plus de la moitié n'a pas 18 ans.

Le détroit de Bab el-Mandeb entre Djibouti et le Yémen est le premier danger à franchir. Le 29 janvier 2019, c’est du côté de Djibouti que le drame s’est joué. Deux embarcations de migrants, surchargées, ont fait naufrage. Un bilan provisoire a d'abord fait état de 52 morts. Mais, durant plusieurs jours, la mer a rejeté des corps sur les plages de la région.

Jetés à la mer

Parfois les migrants sont jetés à la mer par les passeurs eux-mêmes, craignant de se faire prendre par une patrouille maritime. Parfois c’est juste pour alléger l’embarcation surchargée qui menace de couler. "Le bateau était en difficulté, avec des vagues qui venaient se cogner dessus. Il était surchargé et sur le point de couler. C'est pourquoi ils ont choisi des passagers et les ont jetés à la mer. Environ 25", a rapporté un témoin à l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Une fois au Yémen, ils débarquent dans un pays en guerre. Ici tout peut arriver, y compris l’enlèvement contre rançon. S’ils sont arrêtés, on les entasse dans des camps de fortune comme en avril 2019 dans un stade d’Aden.

Un demi-million d'Ethiopiens abandonnés

En dépit des risques, environ un demi-million d'Ethiopiens, selon l'OIM, se trouvaient en Arabie saoudite lorsque Ryad a lancé en 2017 une campagne contre l'immigration clandestine. Entre mai 2017 et mars 2019, 10 000 d'entre eux ont été expulsés chaque mois. Au total 260 000 Ethiopiens, sur les 3,6 millions de migrants de toutes nationalités arrêtés par la police saoudienne. Motif : violation du droit du travail, des règles de résidence, violation des frontières.

Dans le port yéménite de Hodeida, le 2 juin 2018, des migrants éthiopiens attendent d\'embarquer sur un bateau qui les conduira à Djibouti, étape sur le retour au pays.
Dans le port yéménite de Hodeida, le 2 juin 2018, des migrants éthiopiens attendent d'embarquer sur un bateau qui les conduira à Djibouti, étape sur le retour au pays. (ABDO HYDER / AFP)

Un nombre colossal qui explique en partie les conditions exécrables de détention et les expulsions. "L’Arabie saoudite a renvoyé sommairement à Addis Abeba des centaines de milliers d’Éthiopiens qui n’ont que peu de gains, sauf des dettes et des traumatismes", explique Felix Horne un chercheur de HRW.

Aucune aide au retour

A leur descente d'avion, ils n’ont rien pour subvenir à leurs besoins. Pas d’argent pour la nourriture, ni pour un abri, ni bien sûr pour le transport, juste pour leurs vêtements.  Et encore, ils ne portent parfois même pas de chaussures, confisquées par les autorités saoudiennes. Débordée par les demandes d’aide humanitaire dans le pays - 8 millions de personnes sont dans le besoin - l’Ethiopie ignore les expulsés d’Arabie saoudite.

C’est cette situation tragique que veut dénoncer l'ONG HRW, selon laquelle ces migrants doivent être secourus comme tous les autres déplacés du pays.

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