La gestion de l'eau au Cap peut servir d’exemple à d’autres villes

Le Cap a frôlé le « Jour zéro » – celui où l’eau ne coule plus des robinets – en août 2018. 
Le Cap a frôlé le « Jour zéro » – celui où l’eau ne coule plus des robinets – en août 2018.  (Shutterstock)

Pour éviter une nouvelle pénurie, il faudra "une gestion efficace des ressources en eau" dans la ville d'Afrique du Sud. Pour la chercheuse Gina Ziervogel, cela "requiert la mise en place d’un système de responsabilité mutuelle entre les responsables municipaux, provinciaux et nationaux". Elle s'en explique dans The Conversation.

Les phénomènes météorologiques extrêmes, comme le cyclone Idai, qui a récemment dévasté Beira (Mozambique) et l’ouragan Harvey qui a frappé Houston (États-Unis) en 2017, constituent des situations d’urgence climatique auxquelles les villes doivent de plus en plus souvent se préparer.

Les métropoles, en particulier celles dont la superficie s’accroît de manière informelle dans les pays en développement, sont sévèrement touchées par ces bouleversements climatiques. Même si les tempêtes soudaines ont souvent des effets dévastateurs, des phénomènes plus progressifs, comme la sécheresse, sont tout aussi délétères.

Les villes doivent absolument améliorer leur capacité d’adaptation à ce type de phénomène. L’une des meilleures façons de le faire est de tirer des leçons de ce qu’ont vécu d’autres villes dans des situations d’urgence climatique. Cela constitue un excellent moyen de prévenir de futurs chocs et tensions dans des circonstances similaires.

La grave sécheresse qui sévit au Cap – qui a un temps fait planer la menace du "Jour zéro" où les robinets de la ville auraient dû être coupés – est un excellent exemple. Ici, la catastrophe a été évitée de justesse : après une augmentation de la pluviométrie en 2018 et un rationnement significatif des ressources de la ville, les réservoirs sont plus remplis qu’ils ne l’étaient en 2017 et 2018… même si la prudence reste de mise jusqu’aux pluies hivernales.

J’ai conduit des recherches visant à établir les principales leçons à tirer de la sécheresse au Cap.

J’en ai conclu que les autorités locales devaient concentrer leurs efforts dans plusieurs domaines afin d’améliorer la gestion des ressources hydrauliques en milieu urbain, et de mieux s’adapter aux risques climatiques. Cela nécessite notamment de rassembler des informations, communiquer, faire appel à des spécialistes et se montrer flexible pour prendre des décisions adaptées à la situation.

Autre élément essentiel : l’action gouvernementale doit être renforcée. Après trois ans de faibles précipitations, le niveau d’eau des réservoirs de la ville était très bas, et le manque de coopération entre les autorités nationales, provinciales et municipales a exacerbé le problème.

Conclusions de l’étude

Mes recherches indiquent qu’une gestion efficace des ressources en eau requiert la mise en place d’un système de responsabilité mutuelle entre les responsables municipaux, provinciaux et nationaux.

En Afrique du Sud, le ministère de l’Eau et de l’Assainissement est chargé de s’assurer que des quantités suffisantes d’eau, souvent stockées dans des réservoirs placés sous la responsabilité des municipalités, sont disponibles. Lesdites municipalités sont mandatées pour distribuer l’eau à leurs administrés. La coopération entre les différentes sphères du gouvernement est donc vitale.

Ces différentes sphères sont donc amenées à se chevaucher, ce qui est source de confusion, et les autorités se rejettent souvent la responsabilité : une branche du gouvernement affirme qu’une compétence particulière n’est pas de son ressort, et laisse à d’autres le soin de faire le travail.

Afin d’éviter ce problème, il est nécessaire d’établir clairement les responsabilités et le rôle de chacun, et de développer le concept de responsabilité mutuelle. Pour y parvenir, les compétences techniques et les relations personnelles et institutionnelles en jeu doivent être renforcées. Cela réclame fermeté et autorité de la part des dirigeants.

La collaboration au sein des services municipaux doit aussi être améliorée. La sécheresse au Cap en démontre l’importance. Avant 2017, la coopération entre les différents services en cas de problème d’approvisionnement en eau était limitée. Cependant, durant la sécheresse, à mesure que la gravité de la crise se précisait, ils ont coordonné leurs efforts.

La collaboration au sein du gouvernement est importante, mais elle ne doit pas s’y limiter. En temps de crise, c’est toute la société qui doit être mise à contribution, y compris les particuliers et les entreprises. L’expertise technique doit être contrebalancée par le point de vue et les préoccupations des citoyens. De tels partenariats aident à changer de perspective et à mesurer les efforts nécessaires pour résoudre des problèmes complexes.

Les municipalités qui ont développé des relations solides avec les différents acteurs de la vie locale dans le cadre de leurs activités sont mieux placées pour réagir de façon efficace en situation de crise, parce qu’elles peuvent exploiter plus facilement les connaissances et les contributions potentielles des différents intervenants.

La Chambre de commerce de Nelson Mandela Bay a ainsi renforcé ses relations avec la municipalité pour faciliter les liens avec les entreprises. En effet, toutes ont besoin d’électricité, d’eau, et d’un système de transports et de logistique performant. Il est donc nécessaire d’améliorer ces secteurs. La municipalité a mis en place des équipes de bénévoles qualifiés dans ces domaines, recrutés parmi le personnel des entreprises membres de la Chambre de commerce.

En outre, la métropole s’est engagée à ce que des cadres supérieurs assistent aux réunions des équipes de spécialistes pour s’assurer que leurs plans d’action soient bel et bien mis en œuvre. Ce genre de relation est précieux en temps de crise.

Pistes de réflexion

Mon étude porte sur le cas du Cap, mais ses résultats s’appliquent à toutes les villes qui souhaitent renforcer leurs capacités d’adaptation au changement climatique. Certes, les métropoles doivent prêter davantage attention à la façon dont les variations climatiques affectent leurs ressources, en particulier l’eau. Mais il est tout aussi important d’améliorer la gestion du système d’approvisionnement. Une ville bien adaptée est une ville où les responsabilités de chacun sont clairement définies, et où les différentes sphères du gouvernement, et les services qui les composent, collaborent efficacement.

Pour améliorer ces capacités d’adaptation, de nouvelles compétences sont nécessaires. Les autorités locales doivent apprendre à développer des partenariats, faire preuve de davantage de souplesse et soutenir l’apprentissage. Or c’est bien ce type de compétences qui fait souvent défaut aux équipes dirigeantes à l’échelle municipale.


Gina Ziervogel, Associate Professor, Department of Environmental and Geographical Science and African Climate and Development Initiative Research Chair, University of Cape Town

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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