Au Zimbabwe, la sécheresse accroît les conflits entre humains et animaux

Des buffles au Parc national Mana Pools, au Zimbabwe, en 2014
Des buffles au Parc national Mana Pools, au Zimbabwe, en 2014 (DAVID FETTES / CULTURA CREATIVE)

Les attaques par des animaux sauvages, à la recherche d'eau et de nourriture, sont en hausse au Zimbabwe. Reportage AFP

Les autorités zimbabwéennes ont recensé pas moins de 311 attaques d'animaux sauvages contre des humains en 2019, contre 195 en 2018, qui avaient fait 20 morts parmi la population. En 2019, les animaux sauvages ont tué 36 personnes dans le pays. Les éléphants sont les plus souvent impliqués, mais buffles, hippopotames, lions, hyènes et crocodiles ne sont pas en reste. En cause, la terrible sécheresse qui frappe toute l'Afrique australe depuis plusieurs saisons.

Dumisani Khumalo est un miraculé. Il y a deux mois, ce Zimbabwéen de 45 ans a été gravement blessé par un buffle. Il marche désormais avec peine, mais s'estime heureux : "Je remercie Dieu d'avoir survécu à l'attaque", confie Dumisani Khumalo au journaliste de l'AFP, assis à l'ombre d'un arbre de son village de Ndlovu-Kachechete, dans le district de Hwange (ouest).

Terrible sécheresse

La sécheresse a atteint ces derniers mois des sommets, au point que près de la moitié des 16 millions de Zimbabwéens ne doivent aujourd'hui leur survie qu'à l'aide alimentaire. Les animaux ne sont pas épargnés. Plus de 200 éléphants en sont morts en trois mois l'an dernier.

Ceux du parc de Hwange, le plus grand du pays à proximité des fameuses chutes Victoria, peuvent en sortir librement. Alors, faute de pluie, ils "vont là où ils peuvent trouver de l'eau et de la nourriture", explique un porte-parole des parcs nationaux du Zimbabwe, Tinashe Farawo.

"Le buffle est apparu et m'a chargé"

"Je marchais dans la forêt près de mon village. J'allais me faire enregistrer pour recevoir de l'aide alimentaire, quand j'ai entendu des chiens aboyer. Soudain, le buffle est apparu et m'a chargé, se rappelle Dumisani Khumalo. Je suis tombé et la bête m'a donné des coups de corne à l'aine."

Un chef local, Phindile Ncube, émet des doutes sur la version du blessé, qu'il soupçonne d'avoir été attaqué alors qu'il chassait. "Il est très rare que les buffles attaquent les hommes. Le plus souvent, les animaux se sentent menacés" et chargent.

Mais la sécheresse, concède-t-il, augmente les risques de conflit entre humains et animaux. 

(Les animaux) viennent dans les zones habitées à la recherche d'eau. (...) Rien que la semaine dernière, des éléphants ont tué deux vaches près d'un puitsPhindile Ncube, chef localà l'AFP

Arsenal antifaune 

Dans le district de Hwange, les autorités locales ont armé des gardes pour protéger la population, en particulier pendant les périodes de récolte. C'est en répondant à un appel des habitants qu'une femme a été accidentellement tuée par balle en avril.

"Des éléphants détruisaient des récoltes. Des gardes essayaient de les chasser quand un éléphant a chargé. Un garde a ouvert le feu" et tué une femme, explique Phindile Ncube. Au-delà de la réponse armée, les habitants sont encouragés à utiliser des méthodes moins violentes pour éloigner la faune.

Techniques moins violentes

Celle dite du tambour est bien connue : à l'approche d'un animal jugé dangereux, les habitants se mettent à battre sur des percussions traditionnelles pour l'effrayer. Mais "les animaux s'habituent à ce bruit et savent qu'il n'est pas synonyme de danger", explique George Mapuvire, à la tête de Bio-Hub Trust, une organisation spécialisée dans la gestion des conflits impliquant la faune.

Bio-Hub Trust propose une variété d'autres solutions pour éloigner la faune des habitations et des récoltes. Ainsi le gâteau au piment, une recette simple et bon marché. "Mélanger de la poudre de piment à de la bouse de vache ou d'éléphant et en faire une sorte de brique", décrit George Mapuvire. "Une fois sèche, la brûler avec du charbon quand les éléphants approchent. Ils ne supportent pas l'odeur !"

Pour être alertés de l'arrivée des pachydermes, les villageois ont aussi recours à des clôtures faites de guirlandes de canettes vides. A l'arrivée des animaux, elles tintinnabulent et leur laissent le temps d'allumer des gâteaux au piment.

Une autre solution consiste à recourir à un pistolet chargé de balles en plastique remplies d'huile et de piment. "Quand elle touche l'éléphant, elle explose et recouvre l'animal d'huile pimentée", décrit George Mapuvire. Mais attention, prévient le patron de Bio-Hub Trust, il arrive parfois que le pachyderme, énervé, se venge en chargeant...

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