Akashinga, les femmes rangers du Zimbabwe interdites de séjour au Royaume-Uni

Femmes rangers d\'Akhashinga 
Femmes rangers d'Akhashinga  (Kate Bartlett/AFP)

Un groupe constitué exclusivement de femmes rangers protège une réserve naturelle du Zimbabwe. Mais leurs succès et leur réputation n’ont pas suffi. Alors qu'elles devaient recevoir un prix à Los Angeles, le visa de transit pour le Royaume-Uni a été refusé pour deux des leurs, en raison officiellement d’un manque de garanties financières.


«Elles n’ont pas de moyens financiers, ni de biens, on peut penser qu’elles ne sont pas de véritables visiteurs et qu’elles pourraient essayer de rester au Royaume-Uni.» C’est ainsi que le ministère de l’Intérieur britannique a rejeté la demande de visa de transit de deux femmes rangers zimbabwéennes.

Nyaradzo Hoto et une de ses collègues, Petronella Chigumbura, devaient recevoir un prix lors d’une cérémonie à Los Angeles. Le prix 2018 des femmes du Zimbabwe, une distinction pour le travail assumé pour protéger la faune sauvage dans le parc du Phundundu, dans la basse vallée du Zambèze. Mais leur vol comportant une escale à Londres et un visa est obligatoire.


Pour Nyaradzo Hoto, c’était la première sortie hors de son pays, et son premier voyage en avion. Ce refus de visa a été vécu comme un véritable camouflet par cette femme et ses collègues de l’unité de rangers Akashinga. Un groupe exclusivement féminin, qui a appris à se battre à mains nues et à tirer au fusil d’assaut. Elles risquent leur vie pour arrêter les braconniers.
 
Développement local
L’émancipation des femmes est au cœur de ce projet. «Nous travaillons avec de jeunes femmes très vulnérables et très meurtries», explique le professeur Victor Muposhi, conservateur du parc. Ainsi, Vimbai Kumire est une mère célibataire de 32 ans, abandonnée par son mari quand elle était enceinte de son second enfant. C’est dans les communautés locales que sont recrutées ces rangers.

Primrose Mazliru est une autre ranger, âgée de 21 ans. Fière de porter cet uniforme qui lui fait oublier sa lèvre fendue par les coups alcoolisés de son ex boy-friend. «Je peux témoigner combien ce programme a changé ma vie. Désormais ma communauté me respecte, même en tant que jeune mère célibataire. Je n’ai pas besoin d’avoir un homme dans ma vie pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants.»

Trois femmes seulement sur 36 ont abandonné la formation.
Trois femmes seulement sur 36 ont abandonné la formation. (Kate Bartlett/AFP)

«36 femmes ont participé à notre formation, inspirée de l’entraînement des forces spéciales», explique le fondateur de ce projet, Damien Mander, lui-même ancien tireur d’élite de l’armée australienne. «C’était dur, plus dur même que ce qu’on fait pour les hommes, et seulement trois ont abandonné. J’en revenais pas.»
 
60 arrestations
Car a priori, rien ne prédestinait ces femmes à devenir des rangers. La sélection était ouverte exclusivement à des femmes sans emploi, abandonnées, veuves ou victimes d’abus sexuels. Bref rien de militaire.

A cause du braconnage, la population d’éléphants dans la région a baissé de 40% depuis 2001, soit 11.000 têtes en moins. Depuis le début des opérations, fin 2017, l’équipe a procédé à plus de 60 arrestations, démantelé des réseaux locaux de braconniers. Aujourd’hui, Akashinga surveille un territoire de 350.000 hectares. 

Selon Damien Mander, très vite il est apparu que les femmes étaient le chaînon manquant entre la lutte contre le braconnage et la conservation des espèces. «Nous avons transformé une opération de sécurité en un programme de développement local.» En peu de temps, selon Mander, plus d’argent a été injecté dans l’économie locale en un mois, que la chasse aux trophées ne le fait en une année entière. Selon l’association, trois-quarts des dépenses consacrées à Akashinga retournent directement dans l’économie locale.

Alors bien sûr ces rangers d’un nouveau genre ne roulent pas sur l’or. Il leur est impossible de présenter les garanties nécessaires pour obtenir un visa. Le respect pour leur action n’a pas pu dépasser leur communauté.
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