Afrique du Sud : les océans malades peuvent guérir, foi de Greenpeace

En direction du mont sous-marin Vema (Afrique du Sud), l\'océanographe de Greenpeace Thilo Maack (à gauche) et le capitaine de l\'\"Arctic Sunrise\" Mike Flnchen regardent le large à la jumelle, le 30 octobre 2019.
En direction du mont sous-marin Vema (Afrique du Sud), l'océanographe de Greenpeace Thilo Maack (à gauche) et le capitaine de l'"Arctic Sunrise" Mike Flnchen regardent le large à la jumelle, le 30 octobre 2019. (MARCO LONGARI / AFP)

En ce printemps austral, les trente personnes qui s'affairent sur l'"Arctic Sunrise", le bateau de Greenpeace croisant au large de la ville du Cap, ont de quoi se réjouir. A cet endroit de l'Atlantique, la vie sous-marine a repris, 12 ans après une interdiction d'y pêcher.

C'est autour du Mont Vema, une montagne sous-marine de 4 600 mètres, presque un Mont Blanc (4 800 mètres) frôlant la surface agitée de l’océan Atlantique (son pic est à -26 mètres), que les plongeurs de l'ONG Greenpeace ont fait la découverte : des homards, des écrevisses, beaucoup d'algues, des éponges et des poissons de toutes sortes. Des espèces qu'on n'avait plus vues dans les parages depuis bien longtemps. Depuis qu'en 2007, alertée par les ravages de la surpêche, une commission intergouvernementale, l'Organisation des pêcheries de l'Atlantique du Sud-Est (SEAFO), avait strictement interdit aux chalutiers les abords du Mont Vema, à quelque 1 500 km au nord-ouest de la ville sud-africaine du Cap.

Un embargo radical

Douze ans plus tard, du pont de l'Arctic Sunriserien ne laisse deviner la faune et la flore qui foisonnent à quelques mètres de la surface. Et pourtant, les milliers de clichés et les heures de vidéo rapportés par les plongeurs l'attestent : la vie a repris au Mont Vema, un site découvert dans les années 1950. Leur mission de documenter les résultats du moratoire sur la pêche est encourageante. Equipés de caméras haute résolution et vêtus de combinaisons orange fluo et noir, ils ont eux-mêmes été saisis par le spectacle. "C'était absolument fantastique à voir. Magnifique !", s'est extasié l'un des plongeurs, le Néerlandais Jansson Sanders, auprès du reporter de l'AFP présent à bord.

Cependant, reconnaît Greenpeace, ces résultats spectaculaires ont été obtenus grâce à un embargo radical qui reste l'exception. En dehors des eaux territoriales gérées par les pays qui les bordent, seule une infime partie des mers du globe bénéficie d'une protection juridique, d'ailleurs souvent très théorique. "La statistique est choquante : aujourd'hui, seulement 1% des mers du large est protégé. (...) C'est totalement insignifiant", juge Bukelwa Nzimande, une militante de Greenpeace Africa pour qui il faut que la collectivité ait une approche du monde plus responsable. "Un changement de paradigme s'impose", conclut-elle.

Faire pression sur l'ONU pour limiter la pêche industrielle

L'ONG de défense de l'environnement milite pour l'adoption d'un traité de l'ONU qui interdirait la pêche industrielle sur un tiers de la surface des océans au moins jusqu'à 2030. Ainsi, les océans retrouveraient la santé. Une santé qui est aussi la nôtre. Le Mont Vema est "le parfait exemple de ce qui se passe quand on laisse la nature tranquille pendant un certain temps", estime le biologiste néerlandais Thilo Maack, qui dirige pour un an l'expédition de l'Arctic Sunrise. "Même épuisée par la surpêche, elle se reconstitue toujours", assure-t-il dans la vidéo AFP ci-dessous, images de plongée à l'appui.

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