Cinq questions sur l'Egypte, au lendemain du renversement du président

Des Egyptiens célèbrent la nomination du nouveau président par intérim, Adly Mansour, et le renversement de Mohamed Morsi, le 4 juillet 2013.
Des Egyptiens célèbrent la nomination du nouveau président par intérim, Adly Mansour, et le renversement de Mohamed Morsi, le 4 juillet 2013. (AMR NABIL / AP / SIPA)

Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a été renversé mercredi par l'armée. Francetv info fait le point sur cette première journée du nouveau pouvoir mis en place par l'armée. 

En quelques heures, mercredi 3 juillet, l'Egypte a basculé. Les Frères musulmans, qui ont gouverné pendant un an, sont retournés dans les camps des opposants, position qu'ils ont occupée pendant 80 ans.

L'armée a repris le pouvoir après un coup d'Etat soutenu par plusieurs millions d'Egyptiens. L'ancien président, élu en juin 2012, est retenu au ministère de la Défense. Des membres de la confrérie sont recherchés. Et, pour la première fois depuis plusieurs jours, la place Tahrir, au Caire, est calme. Francetv info fait le point sur le premier jour de ce nouvel an 1 égyptien.

 Où est passé le président ?

Depuis l'expiration de l'ultimatum qu'avait fixée l'armée, mercredi, le président Mohamed Morsi n'est plus apparu publiquement. Le compte Twitter de la présidence a continué à fonctionner jusqu'à mercredi 3 juillet à 22 heures environ. "Le président Morsi presse tout le monde de rester pacifique et d'éviter de verser le sang de compatriotes", indique le dernier tweet. 

D'abord retenu avec son équipe ainsi qu'avec son père, considéré comme son bras droit, dans une caserne de la garde républicaine, il a été transféré dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 juillet au ministère de la Défense, où l'armée a confirmé le détenir. Il "est retenu de façon préventive", a affirmé un responsable militaire à l'AFP. Une enquête a été ouverte à son encontre pour "outrage à la justice", avec quinze autres islamistes.

Que deviennent les Frères musulmans ?

Par ailleurs, 300 mandats d'arrêt ont été lancés contre des membres de la confrérie des Frères musulmans, dont l'un à l'encontre de Khaïrat Al-Chater. Cet homme d'affaires fortuné est considéré comme le principal stratège politique de la confrérie. Il est recherché pour incitation à la violence dans l'enquête sur les heurts qui ont fait huit morts, cette semaine, devant le siège cairote du mouvement. Mohamed Badie, chef de file des Frères musulmans, qui est également accusé, a pour sa part déjà été arrêté.

 Qui a repris les rênes ?

La décision de renverser Mohamed Morsi et de suspendre la constitution a été prise par le chef de l'arméeAbdel Fattah Al-Sissi. Il se présente comme un arbitre, l'armée affirme qu'elle veut "pousser à un règlement politique", mais c'est bien lui le nouvel homme fort de l'Egypte. 

Toutefois, ce n'est pas Al-Sissi qui dirige officiellement. Dans la matinée de jeudi, le juge Adly Mansour, nommé président de la Haute cour constitutionnelle il y a moins de deux mois et très peu connu du grand public, s'est trouvé propulsé président par intérim par l'armée. Lors de sa prestation de serment, l'homme âgé de 67 ans s'est présenté comme le "garant des intérêts du peuple", mais ses pouvoirs réels sont difficiles à estimer.

Mohamed El-Baradei, ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et Prix Nobel de la paix, est, pour sa part, favori pour occuper le poste de chef du gouvernement de transition en Egypte. Sa nomination devrait intervenir dans la journée. El-Baradei est le chef de file du Front de salut national (FSN), qui rassemble libéraux, laïcs et militants de gauche.

Quel est le pouls de la rue ?

Encore une fois, les manifestations sont parvenues à faire plier la présidence. Mercredi soir, le Caire était le théâtre de scènes de liesse de la part des opposants au président islamiste. Mercredi matin, plusieurs journalistes ont rapporté que la situation était revenue au calme place Tahrir.

Le coup de force fait craindre de nouvelles violences, alors que les heurts depuis le 26 juin ont coûté la vie à 57 personnes. Mercredi soir, dix Egyptiens ont été tués lors de heurts avec les forces de l'ordre, et lors d'accrochages entre pro et anti-Morsi. Le ministère de l'Intérieur a averti qu'il répondrait "fermement" aux troubles et des blindés ont été déployés, la veille, au Caire.

Comme le tweete un journaliste de la BBC, sur Twitter, des partisans des Frères musulmans refusent de s'avouer vaincus. Ils ont dressé des barrages de fortune dans la capitale.

 

 Quelles sont les réactions à l'étranger ?

Tout en appelant à un retour à l'ordre, aucune grande puissance occidentale n'a prononcé le terme de "coup d'Etat". La réaction la plus vive est venue de l'Allemagne, dont le ministre des Affaires étrangères  a évoqué "un échec majeur pour la démocratie en Egypte".

De Tunisie, où il effectue une visite officielle, le président français François Hollande a fermement appelé à relancer le processus diplomatique "sur la base du pluralisme et du rassemblement". Le président américain, Barack Obama, a lui appelé l'armée égyptienne à rendre "toute l'autorité rapidement et de manière responsable à un gouvernement civil démocratiquement élu selon un processus ouvert et transparent". Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a formulé la même demande, réclamant qu'"un gouvernement civil soit remis en place". 

Dans la région, le roi Abdallah d'Arabie saoudite a été le premier dirigeant étranger à féliciter le nouveau président par intérim, Adly Mansour. Le Qatar, qui a été le principal soutien financier et politique des islamistes égyptiens au pouvoir, a affirmé qu'il continuerait à soutenir l'Egypte. Quant à la Syrie, avec qui le président Morsi avait rompu les relations diplomatiques, elle a estimé que sa chute représentait un "grand accomplissement".

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