Les forces en présence à la veille de la présidentielle en Egypte

Manifestation place Tahrir au Caire, le 4 mai 2012, contre le pouvoir des militaires à quelques semaines des élections
Manifestation place Tahrir au Caire, le 4 mai 2012, contre le pouvoir des militaires à quelques semaines des élections (AFP - KHALED DESOUKI)

Le 2 mai, à trois semaines du 1er tour de la présidentielle, des heurts au Caire entre des manifestants opposés au pouvoir militaire et des assaillants non identifiés ont fait une vingtaine de morts. L’ex-ministre des Affaires étrangères Amr Moussa est favori des sondages devant Abdel Moneim Aboul Foutouh, ex-dirigeant des Frères musulmans qui se dit modéré.

Islamistes divisés contre libéraux proches des militaires
Le camp islamiste est divisé avant le premier tour du scrutin présidentiel, prévu les 23 et 24 mai. Il avait pourtant gagné haut la main les élections parlementaires de fin 2011-début 2012 : 47% des sièges pour le Parti de la liberté et la justice (PLJ, issu des Frères musulmans), 24% pour les salafistes.

Abdel Moneim Aboul Foutouh, dissident des Frères, est soutenu par un large éventail politique allant des salafistes à des militants pro-démocratie. Il a aussi reçu l’appui de nombre de jeunes de son ancienne confrérie qui refusent la participation de cette dernière au scrutin. Il se dit modéré, n’évoque pas forcément la loi coranique et entretient des liens avec les coptes (chrétiens). Il prône le respect de la liberté de religion et d’expresson.

De son côté, l’ex-ministre de Hosni Moubarak, Amr Moussa, par ailleurs ex-secrétaire général de la Ligue arabe, s’appuie sur le camp libéral (notamment le parti Al-Wafd). Sa candidature a trouvé un écho certain dans la bourgeoisie. Il a promis, s’il est élu, d’accorder une place privilégiée aux militaires.
 

Une voiture passe devant un panneau électoral du candidat Amr Mussa (8-5-2012)
Une voiture passe devant un panneau électoral du candidat Amr Mussa (8-5-2012) (AFP - GIANLUIGI GUERCIA )

 

Abdel Chafiq, le dernier premier ministre de l’ex-président Hosni Moubarak renversé le 11 février 2011, arrive troisième dans les enquêtes d’opinion. Initialement, la commission électorale avait décidé qu’il serait exclu de la course. Mais celui qui entend satisfaire les revendications de l’armée a finalement été autorisé à concourir.

Parmi les dix autres candidats figurent Mohammed Morsi, le président du PLJ. Celui-ci représente donc le camp islamiste en concurrence avec Aboul Foutouh. Peu connu de la base de son parti, manquant de charisme, il est souvent défini comme un «candidat de rechange» des Frères.

Une dizaine de candidats invalidés
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a promulgué une loi interdisant aux anciens dirigeants de l’ère Moubarak de se porter candidats. Elle ne concerne cependant pas les anciens ministres. Donc pas Amr Moussa. Au total, la commission électorale a invalidé une dizaine de personnes. Notamment le premier choix des Frères musulmans, Khairat Al Chater, l’ex-vice-président Omar Souleimane, également ancien chef des renseignements, et le salafiste Hazem Abou Ismaïl. Ce dernier est éliminé parce que sa mère possédait une double nationalité égyptienne et américaine.

Le CSFA a promis que l’élection serait à «100 % honnête et transparente». Il a aussi rappelé son engagement de revenir à un pouvoir civil avant la fin juin, dès que le nouveau chef de l’Etat aura été élu. «Nous ne soutenons aucun candidat», a précisé l’armée. Tout en ajoutant qu’elle ne tolérerait aucune atteinte à ses bâtiments.


20 morts dans des violences le 2 mai au Caire


AFP, 2 mai 2012

Manifestation
Le 2 mai, des manifestants qui réclamaient le départ des militaires au pouvoir ont été attaqués dans le quartier d’Abbassiya au Caire, à côté du ministère de la Défense, par des inconnus armés de pistolets et de bâtons. Parmi les manifestants se trouvaient de nombreux partisans du salafiste Hazem Abou Ismaïl, qui crient au «complot» après l’invalidation de leur champion.  Quatre heures après le début des troubles, qui ont éclaté à l'aube, les forces de l'ordre semblaient incapables d'y mettre un terme. Ou rechignaient à le faire.

 

Plusieurs représentants des mouvements islamistes et laïques ont imputé les troubles à des «voyous» au service du CSFA. Ils ont sommé les généraux de ne pas utiliser ce prétexte pour repousser le transfert des pouvoirs à un régime civil.

Les mouvements démocrates ont aussi condamné les violences de la journée. Les jeunes activistes du Mouvement du 6 Avril ont ainsi accusé l'armée d'être responsable "de ces crimes commis contre la révolution et les révolutionnaires"

Ouverture inédite
Paradoxalement, les observateurs constatent une ouverture inédite en Egypte après des décennies d’élections plébiscites largement boudées par les électeurs faute d’enjeu réel. Pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte, un débat télévisé, retransmis par deux chaînes privées, a ainsi opposé le 10 mai les deux principaux prétendants, avec des échanges parfois très vifs.

Un débat politique historique


Al Jazira (en anglais), 10 mai 2012

 

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