L’Egypte de Sissi et l’exemple algérien

L\'Algérie a été le premier voyage officiel du président égyptien.
L'Algérie a été le premier voyage officiel du président égyptien. (Farouk Batiche/AFP)

La justice égyptienne, en condamnant l’ancien président Morsi à la peine capitale, a voulu envoyer un signe politique : il n’y aura aucune négociation avec les islamistes. A l’image de l’Algérie des années 90, le président Sissi a choisi l’éradication pour unique option.


Au lendemain de son élection, le président Abdel Fattah al-Sissi a réservé son premier voyage officiel pour l’Algérie. Pour le nouvel homme fort du Caire, seule Alger est à même de comprendre et de soutenir son combat.

En atterrissant le 25 juin 2014 à Alger, le président égyptien a voulu remercier son homologue Abdelaziz Bouteflika pour son forcing diplomatique en faveur de la réintégration de l’Egypte au sein de l’Union africaine mais, surtout, faire part de sa détermination à s’attaquer aux islamistes chez lui et en Libye, pays avec lequel les deux Etats partagent des milliers de kilomètres.
 
Samedi 16 mai 2015 : Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte en 2011, est condamné à mort, moins de deux ans après sa destitution par l'armée.

30 juin 1991 : les deux leaders du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj, étaient arrêtés. Ils seront condamnés par la Cour militaire à douze ans de prison, le 15 juillet 1992, pour «complot contre l’autorité de l’Etat, sabotage économique et distribution de tracts de nature à nuire à l’intérêt national». Leur parti venait de gagner haut-la-main les élections législatives en atteignant presque la majorité dès le premier tour. Les autorités militaires décident alors d’arrêter le processus électoral.


Réconciliateurs contre éradicateurs, nationalistes contre islamistes
«L’Algérie et l’Egypte ont choisi la voie militaire et violente : l’éradication. L’opposition n’est plus un adversaire mais un ennemi. L’Egypte bénéficie d’un environnement diplomatique plus favorable que l’Algérie des années 90. Alors que l’Algérie était isolée sur le plan international, l’Egypte a le soutien de l’Arabie Saoudite, de la France, etc. Le régime joue aussi sur la scène régionale avec les épouvantails que sont la Syrie et l’Irak», analyse pour Géopolis Luis Martinez, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient, directeur de recherche au Centre de recherches internationales.
 
Emprisonnements à grande échelle, condamnations à mort (commuées ou pas), isolement politique, Alger puis Le Caire ont été confrontés à une gueule de bois au lendemain d’élections pluralistes. Les deux régimes militaro-nationalistes ont par le passé et continuent de gérer l’opposition islamiste comme un ennemi de l'intérieur. En Algérie, les radicaux ont été pourchassés sans pitié et les modérés récompensés par des postes politiques, voire ministériels. Ils ont été intégrés dans «la majorité présidentielle». Le message : soyez opposants mais pas trop et vous pouvez faire des affaires tant que vous voulez.


A quel prix ? L’Algérie a payé le prix fort, près de 200.000 victimes, pour arriver à bout des groupes islamistes armés, même si «le terrorisme résiduel» perdure. L’Egypte du général Sissi, quant à elle, fait face à des attentats quotidiens, notamment dans la capitale et dans le Sinaï. Pour le président, le tout-sécuritaire n’est pas une option mais un choix de survie. Et il n’a pas l’intention de faire dans la demi-mesure. 
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