L’Egypte de Morsi en faillite

La place Tahrir, au Caire, symbole des mouvements de protestation en Egypte.
La place Tahrir, au Caire, symbole des mouvements de protestation en Egypte. (Mohamed Hossam / Anadolu Agency)

Le président égyptien Mohamed Morsi, au pouvoir depuis un an, estimait le 26 juin que l'affrontement politique était une menace pour la démocratie et que le pays risquait le chaos. Alors que la tension était à son comble à la veille d’une manifestation de l’opposition le 30 juin au Caire, l’économie de l’Egypte cristallise l’insatisfaction.

Faisant le bilan de son année de présidence, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a appelé à la réforme et au dialogue politique tout en faisant son mea culpa: «Aujourd’hui, je préside à un audit de ma première année, en toute transparence, conformément à la feuille de route. Certaines choses ont été accomplies, d'autres pas. J'ai fait des erreurs sur un certain nombre de sujets.»
 
Cela suffira-t-il à calmer la rue et à éviter une nouvelle crise majeure, comme le craignent certains analystes?
 
Le 30 juin, date anniversaire de l’investiture du chef de l’Etat, l’opposition appelle à manifester pour réclamer sa démission au vu de son bilan économique et social. Ses opposants lui reprochent aussi la montée de l'insécurité et des tensions confessionnelles.

De leur côté, ses partisans islamistes organisent le 28 une contre-manifestation de soutien. Ils voient en Morsi le rempart à la corruption au sein des institutions. De quoi mettre de nouveau le feu aux poudres dans la rue égyptienne.

Le FMI conditionne son prêt
Le 16 avril, le Fonds monétaire international (FMI) a pointé l’urgence de réduire le déficit budgétaire de l’Egypte (la dette atteint 11% du PIB et le taux de croissance prévu sur un an en juin 2013 est de 2%), un des pays «durement affectés par une hausse des prix du pétrole et une hausse des dépenses».
 
Le pays négocie avec le FMI un prêt de 4,8 milliards de dollars, mais il est conditionné à une augmentation des impôts et à une réforme des subventions et de la fonction publique.

Pour renflouer les caisses de l’Etat, M.Morsi a fait appel à des fonds étrangers, notamment du Qatar, allié des Frères (5 milliards de dollars versés depuis un an) ou des nouvelles autorités libyennes (2 milliards de dollars à rembourser sur 5 ans).

Mohamed Morsi devant des milliers d\'islamistes et de partisans de l\'opposition syrienne, le 15 juin 2013, au Caire, en Egypte.
Mohamed Morsi devant des milliers d'islamistes et de partisans de l'opposition syrienne, le 15 juin 2013, au Caire, en Egypte. (AFP/présidence égyptienne)
 
Pour Hachim Mourad, rédacteur en chef d’al-Ahram, l’augmentation des recettes fiscales ira de paire avec celle du mécontentement, d’autant qu’un quart de la population vit avec moins de 1,5 dollar par jour: «Le coût de la vie a déjà augmenté de 20%, le chômage atteint un taux record de 13% (probablement plus de 18%, dont 50% des 20-25 ans, NDLR), et les ménages s'endettent. Je ne vois pas comment ils pourraient verser de l'argent qu'ils n'ont pas! C'est la révolte sociale assurée.» 
 
Le pénible quotidien des Egyptiens
«L'économie est au point mort. Que l'on parle du Produit national brut, de l'inflation, des réserves de devises, qui sont passées en deux ans de 36 à 13,5 milliards de dollars, des comptes courants, de la dette souveraine... Tout est dans le rouge. La situation est très précaire», avait avertit en mai 2013 Mohamed al-Baradei, l'un des chefs de file du parti égyptien d'opposition, le Front national du salut. Et ce n’est pas le remaniement ministériel du 7 mai pour faire face à la crise qui a changé la donne.

Le tourisme est globalement en chute libre, contrairement aux chiffres avancés par l’Etat, tout comme les investissements étrangers. 

Un climat général de ralentissement où le quotidien s’avère de plus en plus difficile: coupures de courant, pénuries d’essence et de blé, trafic de pain, chômage et inflation en hausse.
 
Le tout sur fond d’insécurité galopante et d’augmentation de la criminalité, qui a triplé depuis la révolution, selon un bilan fourni par le ministère de l’Intérieur lui-même. Ainsi, on ne compte plus les bagarres dans les stations-service et les boulangeries. Quant à la violence, les minorités religieuses (copte, chiite) et les femmes en font particulièrement les frais.


Signe des temps, dans la crainte de possibles troubles le dernier week-end de juin, certains Cairotes ont retiré de l'argent liquide et stocké de la nourriture. Des entreprises ont annoncé leur fermeture et les écoles ont avancé leurs vacances.
 
Quant à l’armée, elle a prévenu qu’elle interviendrait en cas de violences. A ceux qui y voient un retour d’influence, la présidence a déclaré: «Toute décision prise au sein de l'armée est coordonnée avec le président (qui en) est le commandant.»  
 
Bien qu’on lui impute des violations des droits de l'Homme commises après le départ de Hosni Moubarak, de nombreux Egyptiens la voient aujourd’hui comme un recours pour sortir le pays de la crise.
 
Mais plus que l’armée, le pays réclame surtout, et en urgence, des réformes. Et les opposants à Morsi, plus de liberté et de justice sociale...
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