Egypte : quelles options pour les Frères musulmans ?

Manifestations de membres des Frères musulmans et de partisans de Mohamed Morsi, le 4 juillet 2013 au Caire (Egypte).
Manifestations de membres des Frères musulmans et de partisans de Mohamed Morsi, le 4 juillet 2013 au Caire (Egypte). (LOUAFI LARBI / REUTERS)

Ils ont constitué un Front de défense pour soutenir Mohamed Morsi et appellent à manifester dans toute l'Egypte, vendredi. 

C'est le vendredi de tous les dangers. Les Frères musulmans et leurs alliés ont constitué un Front de défense de la légitimité, pour soutenir le président déchu Mohamed Morsi et appellent à manifester dans toute l'Egypte, vendredi 5 juillet. Dans le même temps, la coalition de l'opposition à Mohamed Morsi a elle aussi lancé un appel "urgent" à descendre dans les rues.

Baroud d'honneur des Frères musulmans ou début d'un nouveau bras de fer ? Alors que Mohamed Morsi est retenu au ministère de la Défense, et que 300 mandats d'arrêt ont été lancés contre des Frères musulmans, francetv info revient sur les options qui s'offrent désormais à la confrérie.

Prendre les armes ? 

Mohamed El-Beltagi, l'un des principaux dirigeants des Frères musulmans, a rejeté l'idée, jeudi 4 juillet. Prié par les journalistes de dire si les membres de la confrérie pourraient prendre les armes, il a répondu : "Non. C'est improbable." Une position qui semble partagée par une partie des manifestants pro-Morsi. "Nous ne toucherons pas à l'armée car elle appartient à l'Etat. Les soldats sont nos frères", confie l'un d'eux au Monde.

Mais si la confrérie a depuis longtemps renoncé officiellement à la violence, d'autres groupes pourraient ne pas suivre la même voie. "Le problème désormais, c'est la position du monde libre qui pousse le pays vers le chaos et qui incite des groupes autres que les Frères à revenir à l'idée du changement par la force", ajoute l'islamiste. Une analyse qui semble s'être confirmée vendredi 5 juillet avec l'attaque dans la zone du Sinaï de plusieurs bases militaires et de police. Un soldat a été tué et deux autres ont été blessés. Une attaque qui n'a pas été revendiquée. 

Se présenter aux prochaines élections ?

Passée l'euphorie du renversement de Mohamed Morsi, la nouvelle force qui dirige le pays, conduite par Adly Mansour, va devoir rapidement trancher. Soit la confrérie reste la cible et les arrestations de ses membres dirigeants se poursuivent. Trois cents mandats d'arrêt ont ainsi été émis. Soit elle décide de les associer au futur gouvernement, et donc à se représenter lors des prochaines élections. "Ils font partie du peuple", a lancé le président par intérim intronisé jeudi.

Fondée en 1928, c'est la plus vieille structure politique de l'Egypte moderne. Ses membres sont présents à tous les niveaux de la société et dans l'ensemble du pays, avec notamment des œuvres sociales, souligne France Info. Le sucre, l'huile et la viande sont ainsi deux fois moins chers sur les marchés qu'ils tiennent.

"On ne peut les écarter d'un revers de la main. Ils ne vont pas rester silencieux et vont s'emparer cette posture de victime pour combattre pied à pied", expliquait à RFI Marc Lavergne, chercheur au CNRS et spécialiste du Moyen-Orient. Problème : en cas de victoire des Frères musulmans aux élections, l'Egypte se retrouvera dans une nouvelle impasse politique.

Se trouver un nouveau leader ? 

Le mouvement n'est pas figé et connaît des bouleversements internes. Avec cette nouvelle donne, sa réaction et sa restructuration vont être surveillées. "Il existe au moins trois partis au sein de la confrérie", explique Marc Lavergne au micro de RFI, avant d'évoquer Aboul Foutouh, comme possible candidat à la succession de Morsi

Membre des Frères musulmans avant d'en être exclu, Aboul Foutouh a fondé son propre parti en juillet 2012, après sa défaite à la présidentielle. Il était arrivé en 4ème place au premier tour. Considéré comme plus libéral, il avait dénoncé la méthode de gouvernement de Mohamed Morsi et de ses proches de la confrérie, estimant qu'ils privilégiaient la loyauté au détriment de la compétence. Des critiques partagées par les manifestants de la place Tahrir.

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