Egypte : la "feuille de route" de l'armée dévoilée

Des hélicoptères de l\'armée égyptienne au-dessus du Caire (Egypte), le 1er juillet 2013.
Des hélicoptères de l'armée égyptienne au-dessus du Caire (Egypte), le 1er juillet 2013. (KHALED DESOUKI / AFP)

Un quotidien gouvernemental affirme que la Constitution pourrait être suspendue et un gouvernement intérimaire formé si le président Mohamed Morsi ne respecte pas l'ultimatum de l'armée.

"Aujourd'hui, le licenciement ou la démission." C'est sous ce titre, qui fait allusion au président égyptien Mohamed Morsi, que la version électronique du quotidien gouvernemental Al-Ahram (en anglais) révèle, mercredi 3 juillet, les principaux points de la "feuille de route" de l'armée égyptienne. Celle-ci prévoit de mettre en place ces dispositions si Mohamed Morsi, conspué par la rue, ne "satisfait pas les revendications du peuple" d'ici mercredi soir. Dans une allocution télévisée, mardi soir, le chef d'Etat a rejeté une nouvelle fois l'ultimatum lancé lundi soir par les militaires.

Voici les grands axes du document, démenti par une source militaire citée par l'agence Reuters.

Une suspension de la Constitution

D'après Al-Ahram, le document prévoit une "suspension de la Constitution" pour une durée pouvant aller jusqu'à un an. Votée en décembre, cette Constitution est accusée par les détracteurs de Mohamed Morsi d'ouvrir la voie à une islamisation de la législation. Des experts seront chargés de la rédaction d'une nouvelle loi fondamentale, "tenant compte des exigences des différentes composantes du peuple avant d'être soumise à référendum", poursuit le quotidien, propriété de l'Etat égyptien. Par ailleurs, ajoute-t-il, le texte devra être approuvé par Al-Azhar, la plus importante instance religieuse sunnite du pays. 

Un gouvernement transitoire apolitique

La "feuille de route" prévoit également un gouvernement intérimaire "sans appartenance politique", selon le journal. Il sera formé pour "la période de transition", sous "la direction d'un des chefs de l'armée". Ces autorités de transition devront "préparer des élections présidentielles et législatives dans l'ordre qui sera déterminé par la nouvelle Constitution, ajoute Al-Ahram. L'armée, durant toute la période de transition, supervisera ces procédures (...) afin d'assurer leur mise en œuvre en toute impartialité."

Dans le même temps, "un Conseil présidentiel de trois membres, dirigé par le président de la Cour suprême constitutionnelle", sera chargé "d'administrer les affaires du pays", pendant "une période transitoire allant de neuf mois à un an". Ce Conseil est une revendication de l'opposition, notamment du mouvement Tamarrod, à l'origine des manifestations massives réclamant le départ de Mohamed Morsi.

Un contrôle strict et des sanctions contre les Frères musulmans

Citant "des sources fiables", Al-Ahram affirme que l'armée s'est assurée de placer "sous contrôle les Frères musulmans" dont est issu Mohamed Morsi. Le quotidien évoque des "avoirs bloqués" et des interdictions de quitter le pays à l'encontre d'"un grand nombre" de membres des Frères musulmans et de leur vitrine politique, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ). Selon le journal, les forces de sécurité ont perquisitionné des locaux de la puissante confrérie et découvert des armes et des munitions. Al-Ahram ajoute que quiconque s'opposera à ces mesures pourra être placé "en résidence surveillée, avant d'être soumis aux tribunaux" révolutionnaires.

 

Mais selon une source militaire, l'armée inviterait au préalable des personnalités politiques, sociales et économiques pour discuter de sa vision de la "feuille de route". Les militaires avaient déjà pris les rênes de l'exécutif, pour un intérim controversé, au moment de la chute du président Hosni Moubarak, en février 2011. Ils sont restés à la tête du pays jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu en Egypte, en juin 2012.

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