Pannes de courant à répétition: les Nigérians ne veulent plus payer

La Centrale électrique d\'Afam VI de Port Harcourt le 29 septembre 2015. 
La Centrale électrique d'Afam VI de Port Harcourt le 29 septembre 2015.  (FLORIAN PLAUCHEUR / AFP )

Au soir de l'ouverture de la Coupe du Monde de football, des millions Nigérians devant leur poste de télévision ont été plongés dans un gigantesque black-out qui a duré tout le week-end dans de nombreuses villes. Le Nigeria produit 1,8 millions de barils de pétrole par jour, mais a une capacité de production d'électricité insuffisante à ses besoins. La grogne gagne particuliers et entreprises.


Les supporters nigérians pourront-ils voir le match Nigeria-Irlande, le 22 juin 2018? Suite à la panne de courant survenue le 16 juin, six centrales thermiques à gaz ont été fermées pour éviter l'«effondrement» du réseau après la rupture d'un gazoduc et des «problèmes techniques» sur des puits de gaz, selon la Transmission Company of Nigeria (TCN).

Conséquence: la perte de plus de 1.000 megawatts d'électricité, alors que la production d'électricité du Nigeria oscille entre 2.500 et 5.000 MW. A titre de comparaison, l'Afrique du Sud, qui compte trois fois moins d'habitants, produit 45.000 MW. 

A la suite de réparations effectuées sur le gazoduc endommagé, la production est remontée à 3.876 MW.  Le TCN a assuré, le 19 juin 2018, que le gaz «s'accumulait progressivement dans la plupart des centrales et que, d'ici un jour ou deux, la distribution de gaz et d'électricité devrait revenir à la normale».

Objectif à 10.000 MW
«Ces 10 dernières années, nous avons entendu nos décideurs fixer leur objectif à (...) 10.000 MW», a affirmé le spécialiste en énergie Obioma Onyi-Ogelle, sur le site Africa Check. «C'est tout à fait insuffisant, nous pensons que le Nigeria a besoin d'au moins 50.000 MW pour satisfaire ses besoins», a ajouté cet enseignant de l'Université Nnamdi Azikiwe à Awka, dans le sud du Nigeria. 

Environ 75 millions de Nigérians n'ont pas accès à l'électricité, selon la Banque mondiale. Le président Muhammadu Buhari, qui accuse ses précédesseurs d'avoir gaspillé des fonds publics, a promis de produire 10.000 MW d'électricité. Les précédentes administrations affirment avoir alloué au secteur de l'énergie entre 11 et 16 milliards de dollars.

Les 22 centrales thermiques au gaz du pays génèrent 85% de l'énergie du Nigeria. Les 15% restants proviennent de trois centrales hydroélectriques. Or, les pénuries de gaz ainsi que le sabotage et le vandalisme de gazoducs affecte leur approvisionnement.

Le pays a connu un record de production d'électricité en décembre 2017 à 5.156 MW. Depuis 2010, le réseau national, victime de sous-investissement chronique, s'est effondré près de 200 fois, selon les données du ministère de l'Energie à Abuja. 

Grogne des industriels et des particuliers
Avec cet approvisionnement chaotique en électricité, la situation des industriels nigérians s'aggrave. «De nombreuses industries, en particulier les petites, dépensent beaucoup d'essence et de diesel pour alimenter leurs usines», selon Muda Yusuf, de la Chambre de commerce et d'industrie de Lagos, alors que le pays est en récession économique depuis 2016.

La grogne monte également du côté des particuliers. En mars, le Conseil de protection des consommateurs a mis en garde les sociétés de distribution contre les surfacturations arbitraires et les délestages. «Chaque mois, on reçoit des estimations de factures qu'ils nous obligent à payer sans fournir les compteurs prépayés que le gouvernement a commandés», assure-t-il. «Nous ne pouvons pas payer pour l'obscurité.»

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