Mozambique : quand une banque russe lance des poursuites judiciaires

Dans le centre de Maputo, capitale du Mozambique, le 21 mai 2016.
Dans le centre de Maputo, capitale du Mozambique, le 21 mai 2016. (AFP - JERONIMO MUIANGA / DPA)

La banque russe VTB a décidé de poursuivre le pays africain pour obtenir le remboursement d'un important prêt.

Ces derniers mois, Russie et Mozambique ont relancé des relations remontant à l'époque de la décolonisation. En août 2019, le président mozambicain, Filipe Nyusi s'était ainsi rendu à Moscou et avait signé des "accords bilatéraux destinés à renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité et des hydrocarbures", écrivait alors franceinfo. Mais cela n'efface pas les ardoises financières... La banque russe VTB vient ainsi d'engager des poursuites judiciaires contre contre une entreprise publique de Maputo pour obtenir le remboursement d'un prêt de 535 millions de dollars contracté dans le cadre du scandale dit de la "dette cachée", qui a plongé le pays dans la crise, a-t-on appris le 7 janvier 2020 de sources concordantes.

Trois entreprises publiques mozambicaines, ProIndicus, Ematum et Mam, ont contracté 2 milliards de dollars de prêts entre 2013 et 2014 auprès du Crédit suisse et de VTB pour financer des projets de surveillance maritime, de pêche et de chantiers navals. Ces prêts ont été délibérément cachés au Parlement mozambicain et aux partenaires financiers de Maputo.

Leur découverte en 2016 a conduit à la suspension de l'aide internationale, plongeant ce pays pauvre d'Afrique australe dans une grave crise financière.

"Négocier la restructuration de la dette reste notre priorité, mais depuis trois ans nous négocions sans résultats, et nous considérons d'autres moyens pour récupérer"  les fonds, a annoncé la banque publique russe VTB dans un communiqué.

Procédures dans les pays occidentaux et au Mozambique

VTB a donc porté plainte au Royaume-Uni. Le bureau du procureur général mozambicain a confirmé à l'AFP le 7 janvier 2020 qu'une "procédure avait été engagée contre le Mozambique concernant la dette de Mam".

Le scandale de la dette cachée est à l'origine de plusieurs procédures judiciaires lancées aux Etats-Unis, en Suisse, au Royaume-Uni et au Mozambique. Lesquelles ont conduit à l'arrestation de plus de 20 personnes, dont l'ancien ministre mozambicain des Finances, Manuel Chang.

"Le peuple mozambicain ne devrait pas avoir à payer un centime de (cette) dette", a réagi l'ONG britannique Jubilee Debt Campaign. Laquelle dénonce la pauvreté causée par "des prêts secrets et des dettes injustes". Le prêt en question a été contracté "en violation évidente de la loi mozambicaine, et les prêteurs, les entreprises et la classe politique impliqués devraient être tenus pour responsables du rôle qu'ils ont joué dans cet accord", a estimé l'ONG.

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