Monnaie : la création de l’Eco mal accueillie par les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest

Photo de famille des dirigeants des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, lors de la 56e session ordinaire à Abuja, le 21 décembre 2019.
Photo de famille des dirigeants des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, lors de la 56e session ordinaire à Abuja, le 21 décembre 2019. (KOLA SULAIMON / AFP)

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l'Ouest montre sa profonde division sur le thème de la monnaie unique.

La WAMZ (West African Monetary Zone) est une zone monétaire fondée en 2000. Le regroupement de six pays de l'Afrique de l’Ouest : Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone. Des pays qui n’utilisent pas le franc CFA et qui sont, à l’exception de la Guinée, anglophones. Ces six pays réunis à Abuja le 16 janvier ont quelque peu douché les espoirs des défenseurs d’une monnaie unique pour la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Ils "ont noté avec préoccupation"  la décision prise "unilatéralement" de rebaptiser le franc CFA en Eco, nouvelle monnaie commune des pays francophones d’Afrique de l’Ouest.

Ces pays estiment que "cette action n'est pas conforme aux décisions" de la Cédéao en vue d’adopter une monnaie commune, une idée débattue depuis 30 ans.

En juillet 2019, les 15 membres de la Cédéao avaient adopté ce nom d’Eco pour la future monnaie commune. Le Conseil de la WAMZ rappelle au passage qu’il convient de respecter la feuille de route décidée par les membres de la Cédéao pour la naissance de l’Eco.

Alassane Ouattara en leader

L'annonce surprise tant décriée avait été faite par le président ivoirien Alassane Ouattara lors d'une visite à Noël 2019 de son homologue français Emmanuel Macron. "Les dirigeants des anciennes colonies britanniques, plus la Guinée faisant partie de la Cédéao, n’ont tout simplement pas apprécié que la France joue la locomotive dans cette décision et les entraîne avec Ouattara comme de simples wagons", écrit le site internet Coupsfrancs.

On assiste clairement à un coup de frein donné par les pays anglophones, et en particulier le Nigeria, qui n’est guère favorable à une monnaie unique. "A l'heure actuelle, le gouvernement nigérian n'a pas la volonté politique de mettre en place cet Eco. Pour ce pays, cela signifierait perdre le contrôle de sa politique monétaire", explique à l’AFP Tokunbo Afikuyomi, un analyste économique nigérian.

Critères de convergence

Il y a aussi un problème de critères de convergence entre les Etats. De trop grandes différences économiques entre les pays rendent l'adoption d’une monnaie unique, indépendante de toute devise étrangère (dollar, euro, yuan), impossible. Ainsi, le PIB de la Guinée (7 milliards de dollars) est inférieur à celui du 13e Etat du Nigeria, l’Abia (8,7 milliards de dollars).

Des critères de convergence clairement énoncés par la ministre nigériane des Finances, Zainab Shamsuna Ahmed. Pour accéder à la monnaie unique il faut, selon elle, un déficit budgétaire n'excédant pas 3%, une inflation à moins de 10% et une dette inférieure à 70% du PIB. Une monnaie réellement indépendante, non adossée à une devises forte.

Autant de conditions qui risquent de laisser pas mal d’Etats sur le carreau.

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