Malgré le coronavirus, le Nigeria supprime la subvention sur les carburants

Déjà en 2016, le président Buhari avait supprimé la subvention sur l\'essence au Nigeria, avant de discrètement la rétablir.
Déjà en 2016, le président Buhari avait supprimé la subvention sur l'essence au Nigeria, avant de discrètement la rétablir. (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

Un pari risqué dans un pays où le prix de l'essence extrêmement bas permet d'assurer la paix sociale.

Le gouvernement du Nigeria vient d'annoncer la fin des subventions aux carburants dans le pays. Concrètement, il va laisser le marché établir librement les prix à la pompe. Inévitablement ceux-ci vont bondir tant ils sont éloignés de la réalité du marché.

32 centimes d'euro le litre d'essence. Un prix à faire rêver plus d'un automobiliste, et pas seulement en Europe. L'essence au Nigeria, nous dit l'AFP, est deux fois moins chère que chez ses voisins comme le Bénin. Normal, peut-on penser, le pays est le plus gros producteur d'Afrique d'or noir. Sauf que la réalité est bien plus complexe.

Des carburants importés

Car bien qu'il produise 2,5 millions de barils par jour, le Nigeria importe la quasi totalité de ses carburants. En cause, ses quatre raffineries du pays obsolètes. Or, malgré cette dépendance, les gouvernements successifs ont fait le choix de subventionner les carburants, afin que la population ne soit pas pénalisée. Une paix sociale extrêmement coûteuse qui engloutit chaque année 4 milliards de dollars, selon l'ancien secrétaire d'Etat au Pétrole, Emmanuel Kachikwu, cité par l'AFP.

"Ce que nous mettons en place aujourd'hui, c'est une situation où les forces du marché prendront le contrôle des prix et élimineront les subventions", a déclaré Mele Kyari, directeur général de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), la compagnie nationale. C'est elle notamment qui est chargée "d'avaler" le différentiel entre le prix réel des carburants et le prix arbitrairement fixé à la pompe.

Un pays au bord de la faillite

Le Nigeria n'a plus le choix et doit trouver par tous les moyens de quoi renflouer ses caisses. La chute du cours du pétrole a plombé le budget national. En même temps, cette période où le pétrole est bon marché est aussi le meilleur moment pour ajuster le prix des carburants à la pompe à leur coût réel. Une politique encouragée par la Banque mondiale, qui considère que les pays émergents doivent se débarrasser des politiques de subventions coûteuses, pour investir dans l'éducation et la santé.

Danger social

Mais cette opération de réalisme économique risque de soulever la population. Structurellement pauvre, elle subit déjà de plein fouet la crise du coronavirus. 45% des 200 millions d'habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Par le passé, des tentatives similaires ont fait descendre les gens dans la rue. En janvier 2012, le président Goodluck Jonathan qui avait supprimé la subvention, s'est heurté à une grève générale et avait dû faire marche arrière au bout de 15 jours. En 2016, l'actuel président Buhari avait lui aussi supprimé la subvention, avant de la rétablir discrètement. A l'époque, le carburant était passé de 87 neiras (0,20€) à 145 neiras (0,33€) le litre.

Un droit, aux yeux des habitants

"Il y a une idée répandue que l'essence peu chère est un droit social, une juste redistribution des richesses", explique dans un article Camilla Houeland de l'université d'Oslo. Du coup, la subvention devient un outil politique pour "acheter" une élection. "Que se passera-t-il quand le pétrole va repartir à la hausse ?" s'interrogent justement des internautes. En pleine épidémie de Covid-19, l'annonce de la suppression de cette subvention risque de très mal passer.

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