Malgré de récents progrès, la corruption continue de faire des ravages en Zambie

Des manifestants zambiens marchent jusqu\'au Parlement de Lusaka pour protester contre la corruption du gouvernement, le 29 septembre 2017.
Des manifestants zambiens marchent jusqu'au Parlement de Lusaka pour protester contre la corruption du gouvernement, le 29 septembre 2017. (DAWOOD SALIM / AFP)

En dépit des efforts considérables menés ces dernières années en la matière, la corruption appauvrit et affecte la vie quotidienne d'une population déjà fragilisée dans un contexte sanitaire et économique difficile.

La manifestation des "cartons-jaunes", lancée par plusieurs centaines de Zambiens à Lusaka le 20 juillet dernier, n'est pas arrivée par hasard. Face à l'accaparement des ressources du pays par des entreprises étrangères, confrontés à la corruption latente de responsables hauts-placés, de la police et de l'administration publique, les Zambiens sont en colère.

Comme toujours, la population est la première à subir les malversations de son gouvernement, mais refuse aujourd'hui de récolter les fruits (pourris) de la mauvaise gestion du pays.

La Zambie, fausse bonne élève ?

Pourtant, en matière de lutte contre la corruption, la Zambie semble plutôt bonne élève. Une étude menée par Transparency International en 2019 qui a noté sur 100 la perception de la corruption dans les pays du monde en 2017 a octroyé à la Zambie la note de  37, la classant 96e sur les 180 pays évalués. A titre de comparaison, la France a obtenu 72 et la Nouvelle-Zélande 89. La note zambienne est légèrement plus élevée que la moyenne africaine (32) et bien meilleure que celles de certains voisins africains tels que le Soudan du Sud (12) et la Somalie (9).

De son côté, l'Indice de Corruption des pays exportateurs (CPI), réalisé conjointement par Transparency International Zambie et la Commission de lutte contre la corruption, montre que l'impact de la corruption dans le secteur public zambien est passé de 14% en 2009 à 9,8% en 2012. Cela signifie qu'en 2012, presque 10% des Zambiens moyens de 16 ans et plus ont dû avoir recours à un bakchich versé à une institution afin d'accèder à un service public. Un chiffre finalement peu élevé pris à l'échelle du continent africain.

Deux pas en avant, trois pas en arrière

Si les efforts de la Zambie en matière de lutte anticorruption sont bien réels, force est de constater qu'ils n'ont pas permis d'endiguer un fléau qui continue de faire souffrir la population. Une explication à cela ? Peut-être le manque de constance des diverses politiques menées contre la corruption par les gouvernements successifs. L'intensité de la lutte a varié au gré des présidents au pouvoir. Certains chefs d'Etat en ont fait une priorité, tandis que d'autres l'ont favorisée. 

En 1991, Frederick Chiluba devient le premier président élu démocratiquement dans le pays. Au cours de son mandat, il a été accusé par la Haute cour de Londres d'avoir détourné avec ses conseillers pas moins de 46 millions de dollars des caisses de l'Etat zambien. 

Une activiste zambienne manifeste contre la corruption du pays à Lusaka, la capitale, le 28 septembre 2018.
Une activiste zambienne manifeste contre la corruption du pays à Lusaka, la capitale, le 28 septembre 2018. (SALIM DAWOOD / AFP)

En 2002, le président sortant Levy Mwanawasa se lance dans une grande opération anticorruption, initiative qui sera pourtant critiquée par ses détracteurs quelques années plus tard. Le dirigeant a été accusé de chercher avant tout à éliminer ses opposants politiques. A sa mort en 2008, c'est le vice-président Rupiah Banda qui reprend le pouvoir. 

Contrairement au mandat précédent, sa gouvernance est marquée par une restriction des libertés civiles et une augmentation généralisée de la corruption à petite et grande échelle. Le Fonds mondial suspend ainsi en 2009 un financement de 300 millions de dollars destiné à la lutte contre le sida dans le pays, en raison de suspicions de corruption de la part du ministère de la Santé zambien. Cent millions de dollars américains ont ensuite été reversés en 2012, après le licenciement de plusieurs hauts fonctionnaires du pays.

La lutte anti-corruption prend un tournant dans le pays en 2011, avec l'arrivée au pouvoir du président Michael Sata. Après avoir fait de la lutte contre ce fléau le thème principal de sa campagne, le "roi Cobra" traque les responsables hauts-placés soupçonnés de corruption et met en place différentes réformes constitutionnelles et mesures pour assainir les institutions publiques. 

La police et l'administration particulièrement mises en cause

En revanche, la corruption à petite échelle, très répandue, est restée stable au fil des années et est extrêmement difficile à éradiquer, affectant la vie des citoyens au quotidien. Le Baromètre mondial de la corruption (GCB) de 2019 indique que la perception de la corruption dans le domaine de la police est passée de 51% il y a 4 ans à 54% aujourd'hui : les Zambiens perçoivent ainsi la police comme plus corrompue qu'auparavant. Dans l'administration publique, les faibles salaires des employés et le manque généralisé de transparence sont le terreau idéal du déploiement de la corruption.

A échelle étatique, la Zambie est toujours confrontée aux détournements d'aides financières étrangères et de ressources publiques, au profit de mécènes ou soutiens du pouvoir en place. En septembre 2018, le Royaume-Uni a ainsi gelé ses aides publiques au pays après que le gouvernement de Lusaka a avoué la disparition de 4,3 millions de dollars, initialement destinés à être reversés aux familles les plus pauvres du pays. La somme a été reçue par le centre de protection sociale, puis a mystérieusement été détournée. Le président en place, Edgar Lungu, est régulièrement accusé par ses adversaires politiques de dérive. 

Aujourd'hui en Afrique, plus d’un citoyen sur quatre ont payé un pot-de-vin au cours de l’année précédente, pour accéder à des services publics.

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