Le décollage industriel ne plaît pas à tous en Ethiopie

Un atelier de confection dans le parc industriel de Hawassa au sud de l\'Ethiopie.
Un atelier de confection dans le parc industriel de Hawassa au sud de l'Ethiopie. (EYERUSALEM JIREGNA / AFP)

Pour attirer les investisseurs, les salaires sont les plus bas du monde dans les ateliers textiles.

"Une main-d’œuvre abondante, peu coûteuse et facile à former favorise l’exportation, notamment dans les secteurs du cuir, des textiles et de l’agro-industrie", explique la Banque africaine de développement (BAD). Mais malgré la réduction du taux d’extrême pauvreté de 46% en 1995, à 23,5% en 2016, l’Ethiopie compte plus de 25 millions de pauvres du fait de la dynamique démographique et du faible niveau initial du développement. "La promotion d’une croissance inclusive par une transformation structurelle profonde est essentielle", ajoute la BAD. Le pays a ainsi créé 12 parcs industriels, qui font travailler des milliers de personnes dans la confection.

Le projet phare du parc Hawassa, un site rassemblant 52 usines textiles américaines, européennes et asiatiques, a ouvert en 2017. Des groupes comme H&M, Calvin Klein, Tommy Hilfiger ont accouru, attirés par les incitations fiscales et les bas salaires à payer : 26 dollars par mois. Environ 25 000 travailleurs y cousent nuit et jour des T-shirts, des vêtements de sport.

En 2017, les investissements étrangers ont atteint près de quatre milliards d’euros. L’Ethiopie rêve de réinventer le modèle chinois et de progresser régulièrement en gamme. 29 nouveaux parcs sont prévus, cette fois dans la production de produits technologiques.

Cependant, un avertissement a été lancé par le Stern Center for Business and Human Rights, une ONG américaine. Pour rivaliser avec le modèle chinois, une première étape est de s’assurer que les travailleurs sont bien formés, motivés et suffisamment payés, pour qu’ils puissent acheter les produits de première nécessité. "Sinon l’Ethiopie pourrait suivre l’exemple du Bangladesh. Incapable de développer sa propre chaîne de fourniture, le pays ne fait que coudre et assembler des produits basiques qui sont importés. Le Bangladesh a certes créé des millions d’emploi, mais n’a jamais fait progresser le niveau de ses salariés."

Et le modèle social éthiopien est loin de satisfaire les salariés. Les salaires de misère qui ont attiré les investisseurs ne couvrent pas les besoins minimum. Les ouvriers partagent souvent à plusieurs de minuscules appartements, où l’on dort à tour de rôle en fonction des plannings. Pour une simple chambre, le loyer peut atteindre 52 dollars, soit deux mois de salaire.

La désillusion est grande. En particulier chez les jeunes venus des campagnes dans l’espoir d’un avenir meilleur. Dans les ateliers, les défections sont nombreuses. Selon Stern, le taux de renouvellement est de 100% sur l’année dans les ateliers du parc d’Hawassa.

Et si le syndicalisme est une notion assez méconnue dans le pays, des groupes de travail voient le jour, explique l’AFP, initiant un embryon de représentation des salariés.

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